La Galaxie en Flammes

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 Aurelian D'ADB

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Dakka
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MessageSujet: Aurelian D'ADB    Jeu 11 Oct - 14:56

Parce qu'on a pas tous eu la chance d'avoir le livre Aurelian il y a un type qui s'est amusé à en faire son interpretation en français.
Clicouze!

Pour rappel ce livre est paru à 6000 exemplaires et retrace les évennements qui ont fait basculer Lorgar vers le Chaos. Il vaut mieux avoir lu Le Premier Hérétique avant.

J'éspère quand même que BL nous fera une trad officielle dans un de ses livres.
En attendant...

AURELIAN

-L’Œil observe-



Traduction libre par Lupercal_06
© Games Workshop Ltd 2011. Tous droits réservés.



____________________________________________

L’Hérésie d’Horus

Nous sommes dans un temps de légende…

Des héros continuent de se battre pour régenter la portion de galaxie que les vastes armées de l’Empereur de Terra ont conquise durant leur Grande Croisade. Une myriade de races extraterrestres ont été écrasées par les combattants d’élite de l’Empereur et effacées des annales de l’histoire.

L’aube d’une ère de suprématie s’annonce pour l’Humanité. Des citadelles d’or et de marbre célèbrent les nombreux triomphes de l’Empereur. Sur un million de mondes sont érigés les monuments rappelant les exploits épiques de ses plus formidables guerriers.

Premiers parmi tous ceux-là, les Primarques, des personnages surpuissants, imposants et magnifiques, l’aboutissement ultime des expérimentations génétiques de l’Empereur, ont mené leurs armées de Space Marines de victoire en victoire.

Les Space Marines sont les plus puissants guerriers humains que la galaxie ait jamais connus, surpassant chacun plus d’une centaine de soldats ordinaires. Organisés en légions de dizaines de milliers d’entre eux placés sous les ordres d’un Primarque, ils ont conquis l’immensité spatiale au nom de l’Empereur.

Le plus illustre parmi ces Primarques est Horus le Glorieux, l’Astre Brillant, favori de l’Empereur.
Le décor est planté.


_____________________________________


DRAMATIS PERSONAE



LES PRIMARQUES

LORGAR AURELIAN : Primarque des Word Bearers
FULGRIM : Primarque des Emperor’s Children
ANGRON : Primarque des World Eaters
HORUS LUPERCAL : Maitre de guerre, Primarque des Sons of Horus
PERTURABO : Primarque des Iron Warriors
ALPHARIUS OMEGON : Primarque de l’Alpha Legion
MAGNUS LE ROUGE : Primarque des Thousand Sons
KONDRAD CURZE : Primarque des Night Lords
MORTARION : Primarque de la Death Guard

LA LÉGION DES WORD BEARERS

ARGEL TAL : Maître des Gal Vorbak
KOR PHAERON : Capitaine, Première Compagnie

LA LÉGION DES EMPEROR’S CHILDREN

DAMARAS AXALIAN : Capitaine, Vingt-Neuvième Compagnie

HABITANTS DU GRAND ŒIL

INGETHEL : Émissaire de la Vérité Primordiale
AN’GGRATH : Gardien du Trône des Crânes
KAIROS LE PORTEUR DE DESTIN : Oracle de Tzeentch



« Il est trois choses qui ne peuvent être cachées longtemps : le soleil, la lune, et la vérité. »
- Ancien proverbe Terran


« Je souhaiterais, avec chaque fibre de mon âme, l'avoir tué quand j’en eut la chance. Cet éclat momentané d’incrédulité et de chagrin, cette seconde d’hésitation causée par le dégoût du fratricide, nous coûta plus que quiconque puisse l’imaginer. Horus mène les Légions dans l’hérésie, mais Lorgar est le cancer qui ronge le cœur du Maitre de Guerre. »
- Le Primarque Corax


« Tout ce que j’ai jamais désiré fut la vérité. Rappelez-vous ces mots alors que vous vous apprêtez à lire ceux qui suivent. Je n’ai jamais prévu de renverser le royaume de mensonge de mon père à cause d’une fierté mal-placée. Je n’ai jamais voulu saigner mon espèce à blanc, purgeant la moitié de la galaxie de toute forme de vie humaine dans cette amère croisade. Je n’ai jamais rien désiré de tout cela, bien que je connaisse les raisons pour lesquelles cela doit être fait.
Mais tout ce que j’ai jamais désiré fut la vérité. »
- Lignes d’ouverture du Livre de Lorgar, Premier Cantique du Chaos.




Dernière édition par Dark Apostle le Mar 15 Jan - 19:51, édité 1 fois
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Dakka
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Jeu 11 Oct - 14:58

PROLOGUE
HÉRAUT DU DIEU UNIQUE

Colchis
Il y a de nombreuses années


L’ARCHIPRÊTRE REGARDA AU travers de la fenêtre de la cathédrale alors que sa ville brûlait.

- Nous devrions faire quelque chose.

Sa voix était un grondement profond, pourtant accompagné d’une douceur qui lissait ses paroles et les rendait presque délicate. Elle était faite pour raisonner, pour questionner, pour rassurer – non pour crier, cracher, ou beugler.
L’archiprêtre se détourna de la fenêtre.

- Père ? Quand les feux cesseront-ils ?

Kor Phaeron parcourut la pièce, ses sourcils desséchés froncés, profondément enfoncés dans son visage, comme une coupure dans du vieux cuir. Il se pencha sur les vieux parchemins sur la table centrale, ses lèvres fines bougeant à mesure qu’ils les lisaient.

- Père ? Nous ne pouvons rester ici alors que la ville brûle. Nous devons aider le peuple.
- Tu n’as pas parlé depuis que nous nous sommes appropriés la Cathédrale de l’Illumination, dit l’homme âgé en le regardant un court moment. Et tes premières paroles après avoir gagné cette guerre sont de savoir quand les feux s’éteindront ? Tu viens de conquérir un monde, mon fils. De plus grandes choses doivent te préoccuper.

L’archiprêtre était un homme jeune, beau dans un sens qui transcendait les notions de beauté physique. Sa peau tannée brillait de minuscules tatouages à l’encre dorée. Ses yeux étaient sombres sans être froids, et il pouvait passer des jours entiers sans sourire, sans pour autant en devenir sinistre.

Il se détourna de la fenêtre. Dans son esprit, il s’était toujours représenté la fin de la croisade à cet endroit même, les avenues de la Cité des Fleurs Grises inondées d’une foule réjouie, leurs prières joyeuses atteignant les cieux, secouant les élégantes tours de leurs anciens maîtres.

Mais la réalité en était bien éloignée. Les rues étaient inondées, oui, mais inondées d’émeutiers, de pillards et de violentes bandes de guerriers en robes, alors que les derniers combattants de l’Alliance se battaient jusqu’au dernier contre les envahisseurs.

- Tant est toujours la proie des flammes, dit l’archiprêtre. Nous devons faire quelque chose.

Kor Phaeron murmura pour lui-même alors qu’il lisait les parchemins usés.

- Père, dit l’archiprêtre en se retournant à nouveau, regardant le prêtre plus âgé prendre un nouveau parchemin.
- Hmm ? Qu’y-a-t-il, mon garçon ?
- La moitié de la ville est en feu. Nous devons faire quelque chose.

Kor Phaeron sourit, l’expression laide mais pas désobligeante.

- Tu dois te préparer à ton couronnement, Lorgar. L’Alliance n’est plus, et les Anciens Rites ne seront plus que blasphème aux yeux du Dieu Unique. Tu n’es plus l’Archiprêtre Envoyé des Dieux, tu es l’Archiprêtre de tout Colchis. Je t’ai donné un monde.

La silhouette dorée se retourna vers la fenêtre, les yeux plissés. Quelque chose s’immisça dans sa voix, quelque chose de dur et froid, un présage de tout ce qui adviendrait dans les siècles à venir.

- Je ne désire pas régir, dit-il.
- Cela changera, mon fils. Cela changera quand tu verras que nul autre que toi n’est à même de diriger. Cette réalisation changera tes propres besoins désintéressés. Il en va ainsi pour tous les hommes de pouvoir. La route qui mène à tout trône est pavée de bonnes intentions.

Lorgar secoua la tête.

- Je ne désire rien de plus que la vérité pour notre peuple.
- La vérité est le pouvoir, dit l’autre prêtre en retournant à ses parchemins. L’ignorant et le faible doivent être trainés dans la lumière, quel qu’en soit le prix. Il importe peu combien ils saignent et pleurent sur le chemin.

Lorgar regarda sa nouvelle ville brûler, voyant ses fidèles massacrer les derniers blasphémateurs des Anciens Rites dans les rues en contrebas.

- Je sais que l’ai demandé bien des fois, dit-il doucement. Mais ne pensez-vous pas à tout cela, alors que la croisade prend fin ? Vous croyiez comme ils croient.
- C’est toujours le cas, sourit Kor Phaeron. Mais je crois aussi comme toi. Je crois toujours qu’il y a plusieurs dieux, Lorgar. Ton Dieu Unique est simplement le plus puissant.
- Il viendra bientôt.

L’archiprêtre regarda les cieux qui s’assombrissaient. Colchis était un monde assoiffé, et les nuages porteurs de pluie étaient rares au paradis.

-Un an à partir d’aujourd’hui, mais pas plus. Le jour de son arrivée, son vaisseau descendra au travers d’une tempête.

Kor Phaeron se rapprocha, posant sa main sur l’avant-bras de l’homme plus grand que lui.

- Quand ton Dieu Unique viendra, nous verrons si j’avais raison de croire en toi.
Lorgar regardait toujours le ciel bleu, le voyant se faire étouffer par les fumées venant de la ville en proie aux flammes. Il sourit en entendant les mots de son mentor.
- Ayez foi, Père.

Kor Phaeron sourit.

- J’ai toujours eu foi, mon fils. As-tu déjà rêvé du nom de ce dieu ? Les masses le demanderont bientôt. Je me demande ce que tu leur diras.
- Je ne crois pas qu’il ait un nom.

Lorgar ferma les yeux.

- Nous le connaitrons seulement comme l’Empereur.



UN
FRATERNITÉ


Le Vengeful Spirit
Quatre jours après Isstvan V




HUIT DE SES frères étaient présents, bien que seulement la moitié d’entre eux se trouvât dans la pièce. Les quatre absents n’étaient rien de plus que des projections : trois d’entre eux se manifestaient autours de la table sous les formes vacillantes et grises de simulacres hololithiques, formés de lumière tremblotante et de bruit blanc. Le quatrième apparaissait comme une image plus lumineuse, d’un argent éclatant, ses traits et ses membres trainant des spirales de feu magique. Cette projection, Magnus, inclina la tête dans sa direction pour l’accueillir.

~ Salut à toi, Lorgar, dit la voix de son frère dans son esprit.

Lorgar hocha la tête en retour.

- Es-tu loin de nous, Magnus ?

La projection psychique du Roi Écarlate ne montra aucune émotion. Un homme grand, sa tête coiffée d’une couronne sculptée, Magnus le Rouge refusa d’établir le contact avec l’œil qui lui restait.

~ Très loin. Je lèche mes plaies sur un monde distant. Il n’a pas de nom, hormis celui que je lui ai apporté.

Lorgar acquiesça, conscient de l’hésitation qui teintait les mots de son frère. Ce n’était pas le moment pour tenir de tels discours.

Les autres le saluèrent l’un après l’autre. Curze - un avatar hololithique palpitant et cadavérique – offrit la plus subtile suggestion d’un hochement de tête. Mortarion, un spectre émacié même sous sa forme physique, n’était guère avantagé par son immatérialité électronique. Sa représentation s’estompait, se divisant étrangement à cause des distorsions de distance. Il baissa la lame de sa Faucheuse en signe de bienvenue, ce qui, en soit, était un accueil plus chaleureux que ce à quoi Lorgar s’était attendu.

Alpharius était le dernier de ceux présents via communication longue portée. Il se tenait casqué, alors que tous les autres étaient tête nue, et son image hololithique était stable alors que celles des autres souffraient de corruption due à la distance qui séparait leurs flottes. Alpharius, plus petit presque d’une tête que ses frères, était empreint d’une majesté reptilienne, son armure à écaille de crocodile brillant dans la fausse lumière de sa manifestation. Son salut était le signe de l’aquila, le symbole personnel de l’Empereur, fait en croisant ses mains sur son plastron, pouces écartés.

Lorgar renifla. Combien cela était désuet.

- Tu es en retard, interrompit un de ses frères. Nous t’attendions.

La voix était une avalanche de syllabes sans merci.

Angron. Lorgar se tourna vers lui, se gardant de lui offrir un sourire conciliateur.

Son frère guerrier se tenait prostré dans la position menaçante qui caractérisait son langage corporel, l’arrière de son crâne déformé par les implants neuraux enfoncés dans l’os et connecté aux tissus de son tronc cérébral. Les yeux injectés de sang d’Angron se rétrécirent alors qu’une nouvelle vague de douleur lui traversa le système nerveux – un héritage des améliorations que ses anciens maîtres lui avaient implanté. Alors que les autres Primarques étaient rapidement devenu les dirigeants des planètes sur lesquelles ils avaient atterri, seul Angron avait été retenu captif, un esclave de techno-primitifs sur un monde marécageux quelconque qui n’avait jamais mérité de nom. Le passé d’Angron courait toujours dans son sang, des étincelles de douleur nerveuse jaillissant dans ses muscles sans prévenir.

- J’ai été retardé, admit Lorgar.

Il ne regarda pas son frère pendant trop longtemps. C’était une des choses qui faisaient enrager Angron ; comme un animal, le seigneur des World Eaters ne pouvait supporter d’être fixé du regard, et ne pouvait maintenir de contact oculaire pendant bien longtemps. Lorgar ne désirait aucunement le provoquer.

Kor Phaeron avait une fois dit que le visage du World Eater n’était qu’un masque grimaçant d’articulations serrées, mais Lorgar ne trouvait aucun humour là-dedans. A ses yeux, son frère était une statue fissurée : des traits qui auraient dû être composés et beaux avaient été pervertis en une expression déchirée et grimaçante, viciée par des élancements musculaires qui en étaient presque des spasmes. Il était facile de voir pourquoi les autres pensaient qu’Angron était constamment au bord de la furie pure. En vérité, il ressemblait à un homme luttant pour rester concentré à travers une agonie épileptique. Lorgar haïssait le bâtard froid et grossier, mais il était difficile de ne pas admirer son endurance à toute épreuve.

Angron grogna un borborygme dédaigneux, regardant les autres.

- Cela fait neuf jours, et nous connaissons nos tâches, gronda-t-il. Nous sommes déjà déployés dans le vide. Pourquoi nous avoir convoqués ?

Horus, Maitre de Guerre de l’Imperium brisé, ne répondit pas tout de suite. Il fit signe à Lorgar de prendre sa place autour de la table, à la droite d’Horus lui-même. Contrairement au vert d’eau de la céramite de sa Légion, Horus se tenait engoncé dans une immense armure Terminator noir charbon, redorée du brillant Œil de Terra sur sa cuirasse. Le cœur noir de ce dernier signe, symbole de son autorité en tant que maître des armées de l’Imperium, avait été changé en une fine pupille de serpent. Lorgar se demanda, alors qu’il voyait le sourire pale et élégant d’Horus, quels secrets Erebus avait bien pu souffler aux oreilles du Maitre de Guerre durant les récents mois.

Lorgar prit sa place entre Horus et Perturabo. Le premier présidait au bout de la table, tout souci d’égalité volatilisé à la suite d’Isstvan. Le second se tenait dans son armure de bataille rivetée polie, s’appuyant sur le manche d’un immense marteau avec un admirable air d’indifférence superficielle.

- Lorgar, murmura Perturabo pour l’accueillir.

Deux douzaines de câbles d’énergie d’épaisseurs variées plongeaient directement dans la tête nue de l’Iron Warrior, et ce même au niveau de sa mâchoire et de ses tempes, le reliant aux processeurs internes de son armure couleur gris-métal. Les chaînes qui pendaient aux plaques de son plastron cliquetèrent lorsqu’il fit son salut rapide.
Lorgar le lui retourna, mais ne dit rien. Ses yeux sombres passèrent sur les autres, cherchant sont dernier frère.

- Bien, dit Horus en souriant de toutes ses dents. Nous nous sommes réunis de nouveau, enfin.

Tous les regards se tournèrent vers lui, sauf celui de Lorgar. La dissipation du dix-septième fils passa inaperçue alors qu’Horus continuait.

- Ce rassemblement est le premier du genre. Ici, maintenant, nous nous unissons avec la présence de l’autre pour la première fois.
- Nous nous sommes réunis sur Isstvan, grogna Angron.
- Pas tout le monde.

L’image hololithique incolore d’Alpharius n’avait toujours pas révélé son visage. La voix de la projection convoyait peu d’émotion, voire aucune.

Les neuf Légions s’étaient dispersées après Isstvan. Avec une galaxie à conquérir et de grandes armées à lever sur la route vers Terra, les Légions loyales à Horus s’étaient séparées dans le vide, s’éloignant rapidement du monde mort qu’elles avaient laissé derrière elles.

Les yeux d’Angron se plissèrent, comme s’il luttait pour se rappeler. Il hocha la tête un moment plus tard.

- C’est vrai, dit-il. Lorgar a refusé de venir. Il priait.

Horus, ses traits magnifiques illuminés par la lumière rouge de son gorgerin, sourit.

- Il méditait sur sa place dans notre grand plan. C’est différent, mon frère.

Angron hocha de nouveau la tête sans pour autant se montrer convaincu. Il semblait se soucier uniquement de se débarrasser de la conversation et changer de sujet.
Horus parla de nouveau :

- Nous connaissons tous le prix à payer de la campagne à venir, et nos destinées qui vont avec. Nos flottes sont en route. Mais après, disons, l’expérience désagréable qu’a été Isstvan, ceci est notre première réunion en tant que fraternité.

Horus fit un geste en direction de son frère à la peau dorée. Cela n’était pas intentionnel, mais le geste fut rendu menaçant par l’immense griffe du Mechanicum enveloppant sa main droite.

- J’espère que tes méditations furent fructueuses, Lorgar.

Lorgar fixait toujours son dernier frère. Il n’avait pas arraché son regard de la dernière silhouette depuis qu’il avait détourné les yeux de Perturabo.

- Lorgar ? gronda presque Horus. Je commence à me lasser de ton incapacité à te conformer au plan établi.

Le ricanement de Curze fut un croassement de vautour. Même Angron sourit, ses lèvres abîmées dévoilant plusieurs dents de fer.

Lorgar prit doucement, doucement, la masse ornée qui était dans son dos. Alors qu’il sortait l’arme en présence de ceux de son propre sang, ses yeux restèrent focalisés sur l’un d’entre eux, et tous ceux présents physiquement sentirent le profond froid psychique dévorer leurs armures.

Les mots du Porteur de la Parole quittèrent ses lèvres dans un murmure intimidant et vicieux.

- Toi. Tu n’es pas Fulgrim.



DEUX
DU SANG À LA TABLE DU CONSEIL



LE TEMPS CHANGE tout.

Le fils qui n’avait jamais trouvé sa place dans l’empire de son père n’était pas la même âme qui tira son arme. Lorgar était déjà en mouvement avant même que les plus vifs de ses frères ne purent comprendre ce qui se passait.

Fulgrim eut un court moment pour respirer, pour instinctivement vouloir prendre son arme dans une futile tentative de parer le coup qui arrivait.

Le crozius de Lorgar frappa avec un son de cloche, qui se répercuta dans toute la salle du conseil de guerre. Fulgrim se fracassa contre le mur du fond – une poupée de porcelaine dans de la céramite brisée – et s’écroula au sol.

Le Primarque doré tourna ses yeux enragés vers ses frères.

- Ça n’est pas Fulgrim.

Les autres avançaient déjà, en sortant leurs armes. L’armure cramoisie de Lorgar, repeinte ainsi en l’honneur de la trahison de sa Légion envers le Trône, reflétait les avatars hololithiques vacillant des quatre frères qui n’étaient pas présent physiquement.

- Arrière, avertit-il à l’adresse de ceux qui avançaient vers lui. Et entendez mes paroles. Cette vermine, cette chose, n’est pas notre frère.
- Paix, Lorgar.

Horus s’approcha, sa propre armure bourdonnant. Dans des temps anciens, la simple idée d’une éventuelle confrontation avait suffi à dissuader Lorgar d’agir de manière impulsive. Il n’avait jamais prononcé la moindre parole agressive à aucun de ses frères, pas plus qu’il n’avait apprécié les nombreuses fois où ils lui avaient reproché ses défauts. Les conflits inutiles étaient contraires à sa façon d’être.

Alors qu’ils lui faisaient face, même Horus avaient les yeux écarquillés devant les changements qui s’étaient opérés depuis Isstvan. Le Primarque des Word Bearers serrait sa masse de ses deux gantelets rouges, défiant ses frères de ses yeux rétrécis. De la voix d’un poète qui s’était changée à celle de haine, il avertit une seconde fois :

- Restez en arrière.
- Lorgar, dit Horus en baissant la voix et l’adoucissant au niveau de celle de son frère. Paix, Lorgar. Paix.
- Tu le savais déjà, ria presque Lorgar. Je le vois dans tes yeux, frère. Qu’as-tu fait ?

Horus sourit faiblement. Cela devait prendre fin.

- Magnus, dit-il.

La projection psychique de Magnus le Rouge secoua sa tête coiffée.

~ Je suis de l’autre côté de la galaxie, Horus. Ne me demande pas de retenir notre frère. Maintient l’ordre sur ton vaisseau amiral.

Fulgrim gémit alors qu’il commença à se relever du pont. Du sang coulait de ses lèvres en longues traînées. Lorgar posa sa botte blindée sur le torse du Primarque prostré.

- Reste là, dit-il sans regarder Fulgrim.

Les traits pâles et androgynes de Fulgrim se tordirent d’un faux amusement.

- Tu crois que tu…
- Si tu parles, dit Lorgar en maintenant sa botte sur le Primarque à terre, je te détruirai.
- Lorgar, gronda Horus. Ce que tu dis n’est que folie.
-Car j’ai vu la folie.

Il rencontra les yeux de ses frères, les regardant l’un après l’autre. Les plus délicats d’entre eux le regardèrent avec de la pitié. La plupart étaient tout simplement écœurés.

- Il n’y a que moi qui sache ce à quoi la vérité ressemble.

Il mit son poids dans son pied, enfonçant les côtes brisées de Fulgrim, plantant des fragments de céramite dans son corps brisé. Fulgrim cracha du sang. Lorgar n’y prêta aucune attention.

Horus se tourna vers les autres dans un soupir mélodramatique. L’indulgence se lisait sur ses magnifiques traits, comme s’il partageait une vieille plaisanterie avec le reste de la famille.

- Je vais régler ça. Laissez-nous. Nous reprendrons dans peu de temps.

Les hololithes s’effacèrent immédiatement, sauf Alpharius qui fixa Lorgar pendant quelques temps. Magnus le Rouge fut le dernier à disparaitre, sa projection hochant finalement la tête en direction d’Horus et s’évanouissant comme la brume dans du vent. Pendant un moment, sa voix résonna dans l’air.

~ Se manifester ici demande un effort considérable, Horus. Garde ça en tête la prochaine fois.
- Le Cyclope a raison, dit l’un des autres. Nous perdons du temps pour rien. Laisse le fanatique clamer ce qu'il désire. Nous le contiendrons et en finirons plus tard. Nous avons une guerre à préparer.

Horus soupira.

- Pars, Angron. Je te rappellerai du Conqueror quand nous serons prêts.

Dans le fracas d’irritation et d’amusement qui colorait la plupart de leurs discussions, Perturabo et Angron quittèrent lourdement la salle ; l’un parlant, l’autre écoutant.

La chambre de nouveau scellée, Lorgar tendit sa masse vers la tête nue d’Horus.

- Alors tu les envoies ailleurs pour protéger un secret qui n’aurait jamais dû être gardé, dit-il. Crois-tu qu’ils ne suspecteront rien ? Si tu crois que je vais te permettre d’inventer une fable au sujet de ma folie pour aider ta supercherie, tu te fourvoies.

Horus ne mordit pas à l’hameçon.

- C’était imprudent, Lorgar. Explique-toi.
- Je peux voir la vérité, dit Lorgar en risquant un coup d’œil vers ce qui portait l’armure de son frère. Son âme est évidée. Quelque chose est logée dans son corps, comme des œufs dans un hôte.

Lorgar releva les yeux.

- Magnus l’aurait lui aussi senti s’il n’avait pas été concentré sur son apparition sur une si grande distance. Ça n’est pas Fulgrim.
-Non, souffla Horus. En effet.
- Je sais ce que c’est, dit Lorgar en posant la tête à pointe de sa masse sur la tempe de Fulgrim. Ce que je ne comprends pas c’est comment cela est-il arrivé. Comment as-tu pu autoriser une telle chose ?
- Est-ce si différent de tes propres Gal Vorbak ? contra le Maitre de Guerre.

Les traits dorés de Lorgar, si similaires à ceux de leur père, se teintèrent d’une compassion patiente.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles, Horus. Un des Jamais-Nés, utilisant le corps sans âme d’un de nos frères comme une marionnette ? Il n’y a pas d’équilibre entre l’humain et le divin, ici. Pas d’alignement gracieux entre deux âmes sœurs. C’est de la désacralisation, du blasphème, pas une élévation.

Horus sourit. On pouvait toujours compter sur Lorgar pour faire dans le dramatique.

- Considère ceci comme une autre vérité désagréable, dit-il. Je n’ai pas orchestré la mort de Fulgrim. Je ne cherche qu’à contenir les conséquences.

Lorgar expira doucement.

- Donc il est mort. Une autre conscience dirige son corps. Cette carcasse est tout ce qui reste de Fulgrim ?

La réponse d’Horus fut précédée d’un grognement agacé.

- En quoi cela peut-il bien t’importer ? Vous n’avez jamais été proches.
- Cela m’importe car c’est une perversion qui s’oppose à l’ordre naturel, fou, dit Lorgar à travers ses dents serrées. Où est l’harmonie de la réunion ? Une âme vivante annihilée pour son enveloppe pour héberger une vilénie avide et non-née ? J’ai marché dans le Warp, Horus. Je me suis tenu où les Dieux et les mortels se rencontrent. Ceci est faiblesse et corruption – une perversion de ce que les Dieux souhaitent pour nous. Ils veulent des alliés et des partisans, pas des carcasses sans âme dirigée par des démons.

Horus ne dit rien. Il ne répondit pas à l’insulte de Lorgar, même si ses lèvres se retroussèrent.

Lorgar porta son regard sur le Primarque déchu. Fulgrim, quoi que ce fût qui était en lui, le fixa avec des yeux bordés de sang.

~ Enlève-toi de moi, dit la voix dans l’esprit de Lorgar.

Ce n’était pas la voix de Fulgrim. Ce n’était même pas une approximation de sa voix.

+ Silence + dit-il psychiquement, avec assez de force pour faire trembler Fulgrim.
~ Lorgar… dit faiblement la créature, d’une voix rauque et effrayée. Tu me connais. Nous sommes apparentés, toi et moi.

Le Primarque des Word Bearers s’éloigna, son mépris clairement visible. Le ton désespéré de la créature lui démangeait la peau.

- Comment cela est-il arrivé ? demanda Lorgar à Horus.

Le Maitre de Guerre regarda Fulgrim se relever. Lorgar n’en fit pas autant – il cracha sur le pont et jeta son crozius sur la table. Sa tête ornée et hérissée de pointes laissa des fissures sur la surface de la table.

Sur ses pieds, Fulgrim était une silhouette souple et élancée – svelte même dans son armure. Lorgar ne vit aucune grâce quand il se tourna : il ne vit que la non-lumière maladive derrière les yeux de son frère, et l’intelligence d’une autre créature au cœur de son corps.

Fulgrim sourit du sourire d’un autre.

- Lorgar, commença-t-il avec la voix curieusement délicate de Fulgrim.
+ J’apprendrai ton vrai nom et te renverrai dans le Warp. Peut-être que dans ses courants, tu apprendras de nouveau la contenance. +

Il se retint quand il enfonça ses paroles dans l’esprit de l’autre, mais c’était quand même assez violent pour que Fulgrim crache du sang.

~ Lorgar… Je…
+ Tu as désacralisé la chair dans laquelle tu es. Rien de plus. Ça n’est pas n’union sacrée de l’Humanité et du Chaos. Tu violes la Vérité Primordiale des Dieux. +

Fulgrim s’affaissa contre le mur. Du sang lui coulait des yeux.

- Lorgar.

Horus posa sa main normale sur l’épaule de son frère.

- Tu es en train de le tuer.
- Pas « lui ». La chose. Et si j’avais voulu la tuer, elle serait déjà détruite.

Les yeux de Lorgar se posèrent sur la poigne ferme de son frère sur son épaule.

+ Ôte ta main, Horus. + envoya-t-il.

Horus obéit, bien qu’il essayât de ne pas le faire. Les doigts du Maitre de Guerre frémirent alors qu’ils se retiraient, et ses yeux gris scintillèrent d’une tension à peine voilée.

- Tu as changé, dit-il, depuis que tu as croisé le fer avec Corax.

Lorgar récupéra son crozius et fit reposer l’immense masse sur son épaulière.

- Tout a changé, cette nuit-là. Je retourne sur mon vaisseau, frère. Je dois méditer sur cette… horreur.



TROIS
MAGNUS ET LORGAR


IL N’ATTENDIT PAS longtemps, pas plus qu’il ne s’était attendu à devoir en faire autant. En effet, son frère l’attendait dans sa chambre.

~ Nous devons parler, toi et moi.

La forme fantasmagorique ondula, illuminée de feu magique, projetant une myriade d’ombres sur les murs du sanctum intérieur de Lorgar. La chambre était froide, toujours trop froide, et l’air était toujours humide dans le système de ventilation. Le climat sec de Colchis manquait au Primarque.

Il fit reposer Illuminarium, l’immense crozius, contre le mur.

- Magnus, dit-il au spectre.

La silhouette de feu argenté baissa respectueusement la tête.

~ Cela fait bien longtemps que nous n’avons plus parlé de choses concrètes.

Auparavant, il n’y avait pas si longtemps de cela, il aurait souri de voir son frère le plus sage et le plus puissant. Désormais, le sourire était feint, et n’atteignit pas les yeux de Lorgar.

- Tu exagère, dit-il. Nous nous sommes souvent parlé ces dernières années.

L’œil qui restait à Magnus suivit son frère alors que Lorgar s’installait à sa table d’écriture.

~ Le dernier dialogue qui en valu la peine fut dans ta Cité des Fleurs Grises, il y a presque un demi-siècle. Des choses autres que des plaisanteries polies ont-elles circulé entre nous depuis ?

Lorgar regarda l’œil de Magnus. La forme argentée tressaillit quand la voix de Lorgar résonna autour d’elle.

+ Les temps changent, Magnus. +

Le Cyclope trembla, bien qu’il continuât de sourire.

~ Je l’ai senti, même ici. Tu es devenu puissant.
+ J’ai vu la vérité sur ce Pèlerinage que tu m’as demandé de ne jamais entamer. Et après Isstvan, un voile s’est levé de devant mes yeux. Il n’y a plus de nécessité à se retenir. Si nous nous retenons, nous perdrons cette guerre, et l’Humanité perdra sa seule chance d’illumination. +

L’image du Primarque distant trembla à nouveau. Pendant un moment, Magnus sembla en proie à la douleur.

~ Tu cries ta puissance dans le Warp sans précautions. Un vaisseau doit naviguer sur les courants aethériques, Lorgar, de peur de se briser contre eux.

Lorgar rit, produisant un son aimable et patient.

- Une leçon, de ta part ? J’ai vu ton passé et ton avenir, Magnus. Tu es avec nous uniquement parce que notre père t’a rejeté. Tu es comme le roi couronné d’une Légion de damnés.
~ Ma Légion ? De quoi parles-tu ?

Lorgar sentit les sondes interrogatives de son frère, un doux contact psychique dans son crâne. Il ne lui demanda qu’un simple effort pour renvoyer les psi-sondes insidieuses d’où elles venaient.

+ Si jamais tu cherches à nouveau à capturer mes pensées, je ferai en sorte que tu le regrettes +

Le sourire de Magnus devint forcé.

~ Tu as vraiment changé.
- Oui, dit Lorgar en écrivant sur un rouleau de parchemin. Tout a changé.
~ Que voulais-tu dire au sujet de ma Légion ?

Lorgar était déjà distrait alors qu’il travaillait.

- Fais attention à la grande vrille dans l’écheveau du destin, frère, dit-il en trempant sa plume dans son encrier et en se remettant à écrire. Tu n’es pas débarrassé des mutations physiques que ta Légion craignait. Prends garde à ceux parmi tes fils qui ne l’acceptent pas comme le cadeau que cela est vraiment.

Magnus resta silencieux pendant un moment. Le seul son dans la pièce était le scritch-scratch de la plume de Lorgar, et le murmure omniprésent des générateurs des ponts de l’enginarium.

~ Fulgrim est mort.
- C’est ce qu’il semble.

Lorgar s’arrêta d’écrire assez longtemps pour lever les yeux.

- Depuis combien de temps le sais-tu ?

Magnus s’approcha du mur, approchant sa main comme si ses doigts pouvaient toucher les représentations de Colchis qui y étaient accrochées.

~ Je l’ai su dès que je suis arrivé dans la salle du conseil, dit-il en retirant lentement ses doigts. Comme toi, je suis familier avec les entités du Warp. L’une d’entre elles anime son corps, désormais.
+ Des entités ? Nomme-les, frère. Des démons. +

L’image de Magnus trembla à nouveau, presque soufflée par les vents de la voix silencieuse de Lorgar.

~ Contrôle-toi, Lorgar.

Lorgar retourna à son écriture.

- Tu aurais dû me dire la vérité il y a cinquante ans.
~ Peut-être, dit Magnus avec une mélancolie presque assez puissante pour lui caresser la peau. Peut-être l’aurais-je dû. Je ne cherchais qu’à te protéger. Tu étais si sûr, si arrogant dans tes convictions.

Lorgar parla en continuant d’écrire.

- Je me tiens à la droite du nouvel Empereur, commandant la deuxième plus importante Légion dans tout l’Imperium. Tu es une âme brisée, menant une Légion détruite. Peut-être n’étais-je pas celui qui avais besoin de protection, pas plus que mon arrogance ne me conduisit à ma chute. Tu ne peux pas en dire autant, Magnus. Nous connaissons tous deux la vérité, mais seul l’un d’entre nous l’a affronté.
~ Et quelle vérité.

Un l’amusement amer enveloppa les sens de Lorgar.

~ La galaxie est un lieu répugnant. Nous ne faisons que le rendre plus répugnant encore. As-tu déjà pensé qu’il vaudrait mieux mourir dans l’ignorance que de vivre avec la vérité ?

Lorgar repoussa les émotions de son frère avec un éclat d’irritation. Le spectre miroita à nouveau et faillit se dissoudre dans l’air.

+ Y as-tu pensé, Magnus ? Si oui, pourquoi es-tu en vie ? Pourquoi ne t’es-tu pas rendu à la mort hurlante qui vint pour toi, quand Russ te brisa le dos sur son genou ? +

L’image fantomatique de Magnus rit, mais c’était un son forcé, qui atteignit à peine l’esprit de Lorgar.

~ En sommes-nous arrivé là ? Es-ce donc l’amertume que nous avons cachée pendant un demi-siècle ? Qu’as-tu vu à la fin de ton Pèlerinage, mon frère ? Qu’as-tu vu quand tu as fixé les abysses ?

+ Tu sais ce que j’ai vu. J’ai vu le Warp, et ce qui nages dans ses courants. +

Il hésita un moment, sentant ses doigts se serrer en poings de rage.

+ Tu es un lâche ; connaitre la Vérité Primordiale et ne pas l’embrasser. Le Chaos Incarné n’est grotesque que si l’on ne le regarde avec des yeux de mortel. Quand nous nous élèverons, nous serons les fils choisis par les Dieux. Quand… +
~ Assez !

Trois des peintures prirent feu ; la sculpture de cristal du palais de l’Alliance vola en d’inutiles fragments de verre. Lorgar tressaillit sous l’assaut psychique de son frère. Il renifla du sang.

~ J’en ai fini avec cette plaisanterie triviale. Tu penses connaitre la vérité qui se cache derrière notre réalité ? Montre-moi. Dis-moi ce que tu as vu à la fin de ton maudit Pèlerinage.

Lorgar se leva, éteignant les petites flammes d’un geste élégant. Du gel parcourut le bout de ses doigts alors que les feux disparaissaient, privés d’air. Pendant un moment, il regretta profondément que lui et son plus cher frère en étaient réduits à cela.

Mais le temps change tout. Il n’était plus le perdu, le faible, le frère en proie au doute.

Lorgar hocha la tête, ses yeux réduits à de dangereuses fentes.

- Très bien, Magnus.



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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Jeu 11 Oct - 15:04

DEUXIÈME PARTIE
LE PÈLERIN





QUATRE
UN MONDE MORT


Shanriatha
Quarante-trois ans avant Isstvan V


IL FIT SES premiers pas sur la surface du monde, entendant le doux bruissement de sa respiration calme dans son armure scellée. Des croix de ciblage se déplacèrent paresseusement sur le décor vide, alors que l’affichage tête haute de son casque listait ses données biologiques en un courant estompé.

Lentement, il avança dans le vent. De la poussière craqua sous ses bottes, le sol était si mort et sec qu’il défiait la possibilité même de la vie. Ses rêveries furent accompagnées par le cliquètement du sable du vent contre son armure bourdonnante.

Pendant un moment, il se retourna vers son vaisseau. Les vents violents le recouvraient déjà de ce sable rouge qui existait en abondance sur ce monde.

Ce monde. Il supposa qu’il avait autrefois eu un nom, bien qu’il n’ait probablement jamais été prononcé par des lèvres humaines. Ses mornes désolations couleur rouille lui faisaient penser à Mars, bien que la planète-sœur de Terra était un bastion industriel et possédait bien peu d’étendues sauvages. Ses cieux étaient également plus calmes.

Il ne leva pas les yeux ; il n’en avait pas besoin, car il savait qu’il n’y avait rien de nouveau à voir. D’un côté de l’horizon à l’autre, un tapis de nuages torturés bouillonnait, tels des cumulonimbus se percutant et créant des vagues de blanc, de violet, et d’un millier de rouges.

Le Warp. Il l’avait déjà vu, mais jamais comme cela. Jamais tout autour d’un monde. Jamais à la place d’un vrai climat. Jamais au travers d’un millier de systèmes solaires, pareil à une tumeur, une nébuleuse pourrissante dans le vide spatial.

~ Lorgar, dit une voix essoufflée et sans genre derrière lui, émanant d’un endroit où personne ne s’était tenu auparavant.

Il ne se retourna pas pour lui faire face, pas plus qu’il ne prit son arme. Le Primarque se tourna lentement, ses yeux chargés de patience et d’une curiosité brillante et bien trop humaine.

- Ingethel, salua-t-il l’aberration. J’ai voyagé jusqu’au cœur de la folie. Maintenant, dis-moi pourquoi.


INGETHEL GLISSA UN peu plus près. Sa part humanoïde s’arrêtait au niveau de sa taille, qui était la queue écailleuse et épaisse d’un ver des profondeurs marine ou d’un serpent. Les membranes muqueuses sous sa queue étaient déjà couvertes de poussière. Son torse lui-même n’était humain qu’au sens le moins strict du terme : quatre bras squelettiques sortaient de ses épaules, dans une parodie d’une ancienne divinité Hindusienne, et sa peau était d’un cuir sec gris et tacheté.

~ Lorgar, répéta la créature.

Des dents malformées se heurtaient alors que sa mâchoire s’agitait. Ce qui autrefois avait été le visage d’une femme était désormais une ruine sauvage – des crocs et de la fourrure sale, et une bouche léonine qui ne pouvait se fermer autour de ses créneaux de dents. Un œil fixait, enflé et injecté de sang, et saillait de son orbite. L’autre était une pépite inutile enfoncée profondément dans le crâne de la bête.

~ Pourquoi as-tu choisi ce monde ? demanda la créature.

Le Primarque vit sa gorge trembler de l’effort de parler, mais aucun mot humain ne quitta ses terribles mâchoires.

- En quoi cela importe-t-il ? se demanda Lorgar, sa propre voix émergeant de la grille grimaçante de son casque. Je ne vois pas pourquoi cela importerait.
~ Depuis l’orbite, tu as dû apprendre plusieurs choses : tu ne peux respirer l’air de ce monde, pas plus qu’il n’y a de signe de vie sur sa surface. Pourtant, tu as choisi d’atterrir et de voyager ici.
- J’ai vu les ruines. Une ville engloutie par les plaines poussiéreuses.
~ Très bien, dit la chose, comme si elle s’attendait à une telle réponse.

La créature voûta ses épaules sous le vent, détournant sa tête pour protéger son œil gonflé. Depuis son épine dorsale et ses omoplates jaillissaient des ailerons d’os brûlé – les ailes d’un ange, sans plumes ni muscles.

- Qu’es-tu ? demanda Lorgar.

La langue de la bête saigna quand il lécha son armurerie de dents.

~ Tu sais ce que je suis.
- Vraiment ?

Le Primarque dominait n’importe quel mortel, mais Ingethel était plus grand encore, se dressant haut sur sa queue.

- Je sais que tu es une créature incarnée sans âme. Je ne vois rien de la vie que je vois dans l’Humanité. Aucune aura. Aucune étincelle au cœur de ton être. Mais je ne sais pas ce que tu es ; je ne sais que ce que tu n’es pas.

Le vent s’intensifia, arrachant les rouleaux de parchemin accrochés à l’armure de bataille de Lorgar. Il les laissa à la tempête, ne les regardant même pas alors qu’ils s’envolaient en tournoyant dans l’air. Un avertissement rétinien apparut dans le coin de son œil droit, proclamant une nouvelle chute de température. La nuit tombait-elle ? Rien n’avait changé dans les cieux au-dessus ; aucun soleil ne pouvait être vu. Lorgar effaça l’avertissement en un clignement d’œil alors que son armure se mettait à bourdonner plus fort. Le générateur dorsal grogna produisant plus de puissance, entrant dans un cycle de dégel sidéral.

- La température est de deux-cents degrés en dessous de celle à laquelle l’eau gèle, dit-il au monstre. Presque aussi froid que l’espace.
~ Une autre raison qui me fait me demander pourquoi tu as choisi ce monde.

Lorgar serra les dents derrière son casque gris granite.

- Je suis protégé pour survivre à de tels extrêmes. Qu’es-tu pour te tenir ici et ignorer une atmosphère assez froide pour changer le sang en glace en un battement de cœur humain.
~ Ceci est l’endroit où le royaume de la chair et celui de l’esprit se rencontrent. Les lois physiques ne veulent rien dire, ici. Il n’y a pas de limites à ce qui pourrait être. C’est le Chaos. D’infinies possibilités.

Lorgar inspira profondément l’air propre et recyclé de son armure. Cela avait le goût des huiles rituelles de purification, un goût cuivreux qui lui restait dans les sinus.

- Donc, je pourrais respirer, ici ? Je ne gèlerais pas ?
~ Tu es unique parmi les fils de l’Anathème. Tous tes frères sont entiers, Lorgar. Toi seul es perdu. Ils ont maitrisé leurs dons depuis leur naissance. Ta propre maitrise viendra avec la compréhension. Quand cela sera le cas, tu auras le pouvoir de remodeler des mondes entiers suivant tes caprices.

Lorgar secoua la tête.

- Je suis fait du meilleur de l’Humanité, mais je suis toujours un homme. Tu peux être ainsi dans cette tempête. Cela me détruirait en un moment. Nous sommes trop différents.

La créature fit face au Primarque, son œil gonflé couvert de sable rouge.

~ Une seule différence existe entre le Warp et la chair. Dans le monde physique, la vie nait avec une âme. Dans le monde des pensées brutes, toute vie est sans âme. Mais toutes deux sont vivantes. Le Né et le Jamais-Né, des deux côtés de la réalité. Destinés à la symbiose. Destinés à l’union.

Le Primarque s’accroupit, laissant de la poussière s’écouler entre ses doigts gantés de métal.

- Jamais-Né. J’ai étudié l’histoire de mon espèce, Ingethel. Ça n’est rien de plus qu’un mot poétique pour « démon ».

La créature se tourna à nouveau dos au vent, mais ne dit rien.

- Comment ce monde est-il nommé ?

Lorgar leva les yeux, mais ne se releva pas. La poussière fut avalée par la tempête, laissant ses doigts couverts de rouge.

~ Les Eldars l’appelaient Ycressa avant la Chute. Après la naissance de Slaa Neth, l’Assoiffée, il a été renommé Shanriatha.

Le Primarque rit doucement.

~ Tu connais la signification de ce mot ?
- J’ai appris la langue eldar quand ma Légion les a rencontrés pour la première fois. Oui, je sais ce que cela veut dire. Cela signifie « jamais oubliée ».

Le démon passa sa langue fine sur ses mâchoires, inconscient des blessures sanglantes qu’il s’infligeait.

~ Tu as rencontré les âmes brisées ?
- Les âmes brisées ?
~ Les Eldars.

Lorgar se remit sur ses pieds, effaçant les dernières traces de poussière.

- L’Imperium les a maintes fois rencontrés. Certaines flottes expéditionnaires les ont combattus, pour les bouter hors de l’espace Impérial. D’autres sont venus en paix. Mon frère Magnus faisait toujours partie des plus cléments quand il les rencontrait.

Il hésita un moment.

- Les vôtres connaissent mon frère Magnus, n’est-ce pas ?
~ Les dieux eux-mêmes connaissent Magnus, Lorgar. Son nom se répète aussi souvent que le tien dans la toile du destin.

Le Word Bearer regarda l’horizon.

- Cela ne me réconforte guère.
~ Avec le temps, cela te réconfortera. Parles-moi des âmes brisées.

Il continua, plus lentement.

- Ma Légion les rencontra peu de temps après notre premier départ de Colchis. Une flotte d’Eldars, leurs vaisseaux faits d’os, dérivant dans le vide et alimentés par d’immenses voiles solaires. J’ai rencontré leurs prophètes, pour déterminer leur place dans la galaxie de l’Homme. Durant ces semaines, j’ai maitrisé leur langue.

Lorgar respira profondément, en repensant à cette époque.

- Il était facile de les mépriser. Leur inhumanité les rendait froid ; leur peau empestait l’huile amère et la sueur alien, et leur sagesse allait de pair avec une condescendance méprisante. De quel droit leur race mourante pouvait-elle nous juger inférieurs ? Je le leur ai demandé, et ils n’ont pas su me répondre.

Il rit à nouveau.

- Ils nous appelaient mon-keigh, leur terme pour les soi-disant races inférieures. Et pourtant, bien qu’ils aient été faciles à haïr, il y avait tant à admirer chez eux. Leur existence est tragique.
~ Et qu’en est-il de ta Légion ?
- Nous les avons détruits, admit le Primarque. Le coût en hommes et en vaisseaux fut lourd. Ils ne se soucient que de leur survie – le besoin féroce de faire perdurer leur existence sature leur culture. Aucun ne meure facilement, pas plus qu’il ne tombe facilement.

Il s’arrêta un moment.

- Pourquoi les appelles-tu « les âmes brisées » ?

Si un sourire pouvait se faire jour sur le visage d’Ingethel, cela fut le cas.

~ Tu sais quel est cet endroit. Pas ce monde, mais cette région de l’espace, où les Dieux et les mortels se rencontrent. Une déesse naquit ici. Slaa Neth. L’Assoiffée.

Lorgar leva les yeux au ciel, regardant l’après-naissance cosmique faire rage. Il savait que cette tempête ferait rage pour l’éternité. Et elle grandirait, dans les siècles à venir, pour engloutir encore plus de systèmes solaires. Cela s’ouvrirait grand pour contempler le cœur de la galaxie comme l’œil d’un dieu.

- J’écoute, dit-il calmement.
~ Dans sa genèse, rendue possible par le culte des Eldars, elle réclama les esprits de la race entière. Ils sont les âmes brisées. Quand un mortel meure, son esprit dérive dans le Warp. C’est ainsi. Mais quand un Eldar meure, il est envoyé directement dans la gueule de la déesse qu’ils trahirent. Elle a soif d’eux, car ils sont ses enfants. Elle les boit quand ils meurent.

Ensemble, le démon et le fils de l’Empereur se mirent en mouvement vers l’ouest. Lorgar se déplaçait contre le vent, sa tête casquée baissée alors qu’il écoutait le discours psychique de la créature. Ingethel ferma les yeux du mieux que son visage déformé le lui permettait, son passage sinueux laissant des ondulations dans le sable.
Les marques qu’ils laissaient étaient cependant vite oblitérées par la tempête, qui effaça toutes traces de leur passage.

- Tu as dit quelque chose qui correspond aux Anciens Rites de Colchis.

Il cita un verset des textes de la religion même qu’il avait autrefois renversé au nom du culte de l’Empereur.

- Il est dit que « dans la mort, les âmes libérées dérivent dans l’infini, pour être jugées par un dieu assoiffé ».

Ingethel émit un gargouillement. Il fallut un moment à Lorgar pour réaliser que la créature riait.

~ C’est le cœur d’un million de fois humaines à travers l’histoire de ton espèce. La Vérité Primordiale est dans le sang de l’Humanité. Vous la recherchez tous. Vous savez tous que quelque chose vous attend après la mort. Le croyant, le loyal, seront jugé avec bienveillance et résideront dans les domaines de leurs dieux. L’infidèle, l’incroyant, dériveront dans l’aether, servant de repas pour les Jamais-Nés. Le Warp est la fin de tous les esprits. C’est la destination de toutes les âmes.

- Cela ressemble peu au Paradis promis par la plupart des religions humaines.

Lorgar retroussa ses lèvres.

~ Non. Mais c’est le même Enfer que ton espèce a toujours craint.

Le Primarque était d’accord sur ce point-là.

~ Tu désires voir les ruines de ce monde, dit Ingethel en serpentant à ses côtés.
- Ce fut autrefois une grande cité.

Lorgar pouvait voir les premières tours écroulées sur l’horizon, couvertes de plusieurs générations de poussière rouge. Quelque fut la dévastation tectonique qui avait eu lieu ici, elle avait traîné la cité dans un profond cratère, jetant à bas ses flèches. Ce qui dépassait désormais du sol ressemblait à la cage thoracique d’une bête morte depuis longtemps.

~ Ces ruines ne furent jamais une vraie cité. Quand les âmes brisées fuirent la naissance de la déesse, les survivants embarquèrent dans de vastes plateformes d’os vivant, emmenant les restes de leur espèce dans les étoiles pour un exode final.
- Les vaisseaux-mondes. J’en ai déjà vu un, dit Lorgar en continuant d’avancer dans le vent. Il était magnifique, dans son style alien étrange.

Le rire d’Ingethel ne fut qu’à moitié avalé par le vent.

~ Plusieurs de ces vaisseaux-mondes ne purent échapper au cri de naissance de Slaa Neth. Ils se sont dissous dans le vide spatial ou se sont écrasés sur ces mondes abandonnés.

Lorgar ralentit, jetant un regard au démon.

- Nous marchons vers la tombe d’un vaisseau-monde ?

Ingethel se racla la gorge dans un nouveau rire.

~ Tu es ici pour voir des merveilles, n’est-ce pas ?

ET ILS SE dirigèrent donc vers une ville morte, tombée du vide pour s’enfoncer dans la poussière sans vie de la planète.

L’architecture d’os couvert de rouge pouvait se voir aussi loin que le regard pouvait porter, saillant des fondations avec la grâce d’une bouche remplie de dents brisées. Lorgar et son guide se tinrent au bord du cratère, regardant la tombe d’une cité de l’espace extra-terrestre.

Le Primarque resta silencieux un moment, écoutant le hululement du vent et le tintement du sable sur son armure. Quand il parla, il continua de fixer l’ancienne annihilation en dessous.

- Combien sont morts, ici ?

Ingethel se percha sur sa queue, observant avec ses yeux vils. Quatre bras s’écartèrent dans de grands gestes, englobant tout ce que le démon pouvait voir.

~ C’était le vaisseau-monde Zu’lasa. Deux-cents-mille âmes brûlèrent lors de la naissance de Slaa Neth. Sans guide, une folie pernicieuse en son propre sein, le vaisseau-monde tomba.

Lorgar sourit.

- Deux-cents-mille. Combien dans tout l’empire Eldar ?
~ Une espèce entière. Des trillions. Des décillions. Des tridécillions. Une déesse était née dans l’esprit de chaque Eldar vivant, et se fraya un chemin dans le royaume de l’espace froid et de la chair.

Le démon se voûta, penchant ses quatre bras sur le bord du cratère.

~ Je sens tes émotions, Lorgar. Plaisir. Respect. Peur.
- Je ne ressens aucun amour pour les espèces xenos de la galaxie, confessa le Primarque. Les Eldars n’ont pas su embrasser la vérité de la réalité, et je ne ressens aucun chagrin pour eux. Seulement de la pitié que des êtres vivants puissent mourir dans l’ignorance.

Il reprit sa respiration, toujours en fixant le vaisseau-monde enterré.

- Combien furent pris dans la naissance de la déesse ?
~ Un grand nombre. Encore aujourd’hui, certains dérivent dans les courants du Warp – maisons silencieuses de souvenirs et de fantômes d’aliens.

Lorgar ignora le vent qui déchirait sa cape, et fit ses premiers pas sur le versant du cratère.

- Je sens quelque-chose, Ingethel. En bas.
~ Je sais.
- Sais-tu ce que c’est ?

Le démon s’essuya précautionneusement les yeux avec ses griffes.

~ Un revenant, peut-être. L’écho d’une vie Eldar, respirant pour la dernière fois, s’il respire toujours.

Lorgar prit son crozius, gardant son pouce près de la rune d’activation de la masse. L’arme attrapa la lumière tumultueuse au-dessus, reflétant la tempête sur ses épines polies.

- Je vais voir ça de plus près, dit-il.



CINQ
ÉCHOS



DES FANTÔMES MARCHAIENT dans les rues, spectres de vent de de poussière, formant des silhouettes attirantes dans la tempête. Ils se tenaient à la périphérie de son champ de vision, massacrés par la tempête à chaque fois que Lorgar cherchait à les voir plus clairement. Ici, une silhouette fuyante, renvoyée dans la brise au moment où Lorgar se tournait pour la voir. Et là : trois femmes hurlantes, bien qu’il n’y ait plus rien quand le Primarque se tourna.

Il serra son crozius. Devant, toujours plus loin, la douloureuse sensation de quelque chose de vivant se faisait sentir – affaiblie, piégée, sans doute mourante. La vibration triste lui atteignait l’esprit, pareille à un animal malade et piégé : quelque chose qui mourrait depuis très, très longtemps.

Lorgar se déplaça précautionneusement, marchant au milieu de décombres couverts de poussière, à travers le squelette de la cité. Le vent sablonneux charriait des voix distantes – des voix inhumaines, criant dans une langue alien. Les rafales de vent lui jouaient peut-être des tours, car même s’il comprenait la langue eldar, il ne comprenait pas les mots qui étaient criés dans la tempête. Essayer de comprendre ce que disait certaines voix ne faisait que rendre les autres plus bruyantes encore, éliminant toute chance de concentration.

Alors qu’il s’enfonçait dans la cité émaciée, Lorgar arrêta de se tourner pour voir les images à demi formée, détendant ses yeux et laissant le vent former ce qu’il voulait. Dans les rafales violentes, des flèches se tenaient à la périphérie de son champ de vision, des tours extra-terrestres atteignant les cieux avec une grâce impossible.

Le Primarque regarda derrière lui, cherchant Ingethel mais ne discernant rien.

~ Ingethel, dit-il avec ses sens psychiques, incertain qu’ils puissent traverser le vent. Démon. Où es-tu ?

La tempête hulula en réponse.


LE TEMPS SEMBLAIT perdre toute signification. La soif de Lorgar devint pressante, bien qu’il ne s’arrêtât jamais sous le coup de la fatigue, marchant pendant plus de soixante-dix heures sous un crépuscule interminable. La seule notion visible de l’écoulement du temps était son chronomètre rétinien, qui dégénéra en des fluctuations instables et douteuses juste après la soixante-et-onzième heure. L’affichage digital se mit à pulser en runes aléatoires, comme s’il capitulait devant les lois contre-nature de cet endroit baignant dans le Warp.

Lorgar se rappela le visage d’Argel Tal – émacié, presque vampirique dans sa férocité squelettique – quand le guerrier avait clamé que son vaisseau avait parcouru le Warp pendant près de sept mois. Pour Lorgar et le reste de la flotte, l’Orfeo’s Lament n’était parti que depuis quelques secondes.

Sans s’en rendre compte, il se mit à penser combien de temps aurait passé dans l’univers matériel alors qu’il marchait sur les rives de l’enfer.
Le peu qu’il restait de l’architecture du vaisseau-monde avait été victime de l’érosion, grignotée et abîmée par les vents. Lorgar descendit une autre avenue de poussière, ses bottes frottant l’ancienne pierre au-dessous. Cela avait peut-être autrefois été un dôme voué à l’agriculture, fertile et peuplé de flore xenos. Peut-être cela n’avait-il été qu’une chambre communale. Lorgar chercha à restreindre son imagination, refusant de la voir être entrainée plus loin par les formes dansante de la tempête de sable.

Cent mètres plus loin, toujours trainant des pieds dans le sol mort, la douloureuse, répugnante mais curieuse sensation de vie en train de lutter se mit à palpiter sous ses bottes. A sa gauche, à sa droite, rien d’autre que les tours abattues d’une civilisation décédée.

Le Primarque s’accroupit pour prendre une poignée de sable rouge. Comme auparavant, il le laissa glisser entre ses doigts, le regardant être emporté par le vent. La présence s’intensifia et diminua de manière arythmique. Lorgar prit sa respiration, envoyant une fine lance d’énergie psychique vers le bas. Il ne sentit rien en retour. Pas même une secousse de la part d’une quelconque conscience. Cela aurait pu aussi bien être à un mètre de profondeur qu’au centre même de la planète. Quoiqu’il en soit, c’était une chose faible et irrégulière ; apparemment intouchable et suggérant seulement la vie.

Une conscience se cachait, mais ne semblait pourtant pas en vie.

Étrange.

Il s’enfonça plus loin, sentant, cherchant, mais le même cœur enseveli de néant résistant rencontra sa présence interrogatrice.

Admettant à regret sa défaite, Lorgar retira ses sondes psychiques hésitantes, les réabsorbant dans son crâne.

Cela fonctionna. Au moment où il rappelait ses sens, il sentit quelque chose remuer sous lui, se frayant un chemin vers le haut. La présence sous le sable s’éleva, pareil à un limier glacé reniflant la caresse psychique qui s’éloignait.

Lorgar recula instinctivement, tremblant sous l’assaut de désespoir qui venait d’en dessous et qui se rapprochait. Les dents serrées, il envoya une pensée répulsive en direction de la présence – cela équivalait à écraser les doigts d’un homme en train de se noyer alors qu’il tentait de se raccrocher à la vie. La présence reflua, reprit ses forces, et se relança à l’attaque.

Son sommet perça la surface : des sensations sauvages frappèrent l’esprit du Primarque, dans un éclat de férocité froide, exemptes de tout autre sentiment. Lorgar s’éloigna de la fontaine jaillissante de conscience, repoussant son intensité du mieux qu’il put. Lorsque les mains s’élevèrent des sables, le Primarque se tenait déjà prêt, le crozius à la main.

Il regarda, protégeant son esprit de l’assaut de rage psychique, la statue d’un dieu mourant se hisser hors de sa tombe de poussière écarlate.

Cela ne put se lever. Dans sa lutte pour se redresser, la créature rampa plus près, ses mains s’enfonçant dans le sol à la recherche de prises. Mais cela ne semblait pas pouvoir se lever. Le Primarque le regarda ramper, ne parvenant pas à localiser une quelconque blessure spinale majeure le long de ses plaques d’armure brisées. La longue crinière de cheveux tombant de chaque côté de son masque grimaçant semblait être fait de fumée. La fumée s’échappait, capturée par le vent, esclave de la tempête.
Lorgar s’éloigna précautionneusement, ses bottes faisant crisser le sable, ses propres traits empreints de rien de plus que de la curiosité. Quoique cette chose infirme fût, sa fureur émanait d’elle en une aura de pression physique. Lorgar fit un autre pas en arrière, regardant attentivement.

La majesté de la statue-dieu était ruinée par une dégénérescence surnaturelle. Une carcasse rampait là où une grande entité aurait autrefois filé à travers les champs de bataille. Lorgar vit sa gloire bannie quand il focalisa ses yeux sur les images frémissantes de résonnance. Un être en armure tectonique : des yeux de flamme blanche ; un cœur qui battait du magma autour d’os de pierre ininflammable ; une manifestation immense de rage incarnée et de feu sacré. Lorgar vit tout cela à travers le sable tournoyant, et se prit même à sourire quand le sable forma une fausse brume de chaleur autour de la créature – un autre faible écho de ce qui avait autrefois dû être vraiment majestueux.

Si cela avait pu se lever, cela aurait été plus grand qu’un Dreadnought des Legiones Astartes. Même prostrée et détruite, c’était une chose immense, laissant une misérable trace dans la poussière.

Il éprouva presque de la pitié, en voyant cette incarnation dévastée. Sa peau noire était d’un gris fade, brisée en de vieilles craquelures qui vomissait un flot de fumée dans la tempête. De sang-lave avait refroidi en de la cendre immobile ; une croute se formait sur son sang qui se refroidissait. Là où des yeux de feu magique avaient autrefois brillé, des paupières vides se tortillaient en d’aveugles et violents mouvements.

– Je suis Lorgar, dit-il au dieu rampant. Dix-septième fils de l’Empereur des Hommes.

Le dieu exposa ses dents noires et des gencives grise, cherchant à crier. Rien d’autre que des cendres ne quitta ses lèvres grimaçantes, tombant au sol sous son menton, alors que le contrecoup psychique du cri se fracassait inutilement contre l’esprit protégé de Lorgar.

Il rampa plus près. Deux de ses doigts se brisèrent contre le sol. Du magma sortit des plaies, refroidissant et noircissant.

– Je sais que tu peux m’entendre, dit le Primarque d’une voix calme.

Son crozius luisait d’énergie, des éclairs fous parcourant sa tête hérissée de pointes.

– Mais tu ne peux répondre, n’est-ce pas ?

Il fit un nouveau pas en arrière. En réponse, la statue du dieu gronda silencieusement une nouvelle fois.

– Je vois que tu ne peux en effet, dit Lorgar, son sourire frémissant. Il ne te reste rien d’autre que cette haine douloureuse et intarissable.
~ Lorgar.
~ Ingethel ?

Il chercha la voix du démon.

~ Ingethel ? J’ai trouvé… quelque chose. Un écho. Un spectre. Je crois que je vais l’extirper de sa misère.
~ C’est un Avatar de Kaela Mensha Khaine.

Lorgar haussa les épaules.

~ Ce nom ne signifie rien pour moi.
~ Le dieu de la guerre des âmes brisées. Tu as dérangé le cœur de la cité, amenant la chaleur de la vie au plus froid des lieux.

Il grogna psychiquement.

~ Quoique cela fut, cela meurt désormais. Cela meurt depuis bien longtemps, enterré dans ce sol toxique.
~ Comme tu le dis.

Une pause. De l’amusement.

~ Lorgar. Derrière-toi.

Le Primarque se détourna du dieu rampant, faisant face aux silhouettes élancées dans le vent sablonneux. Il ne pouvait voir de détails ; elles n’étaient que silhouette dans la tempête, se rapprochant, des lames incurvées dans leurs mains.

Une douzaine, deux douzaines, toutes s’approchant de lui. Pas une seules d’entre elles ne laissait s’échapper la chaude résonance de la vie.

~ Mon-keigh, chuchotait le vent. Sha’eil, Sha’eil, Sha’eil.

Il connaissait ce mot. Sha’eil. L’Enfer. Un lieu de mal absolu.

Lorgar pulvérisa les ombres grâce à des lances de force psychique. Cela ne lui prit qu’un moment de concentration. Une brume de chaleur émanait de l’endroit où elles disparaissaient – le Primarque rit alors qu’il réalisait qu’il luttait contre des mirages.

Un grognement rauque s’éleva de derrière lui. Lorgar se retourna à temps pour voir la statue divine se mettant à genoux. Des sables rouges, elle sortit une ancienne lame craquelée. A travers ses dents serrées qui laissaient déborder de la cendre, elle toussa ses premiers mots.

~ Suin Daellae, grogna le dieu flétri.

L’épée dans sa main, plus une canne qu’une arme, vomissait une fumée noire maladive, mais n’éclata pas en flammes.

Lorgar observa la créature avec des yeux avertis.

~ Suin Daellae, envoya-t-il à son guide distant. Je ne suis pas familier avec ces mots.
~ La Mort Hurlante. C’est le nom de la lame entre ses mains.

Lorgar regarda l’Avatar s’écrouler de nouveau sur ses mains et ses genoux.

~ J’éprouve presque de la pitié pour cette chose.

Il avait conscience du démon se formant derrière lui, apparaissant dans le vent, mais ne trouva aucune utilité à se tourner vers lui.

~ Tu ne devrais pas, Lorgar. Il y a une leçon à tirer de cela.

Le Primarque en avait bien conscience, mais il ne s’intéressait que peu à de tels enseignements. La peau de l’Avatar se flétrissait et se décollait des articulations de la statue.

– Je mets fin à cela, dit-il tout haut.
~ Comme tu veux, dit Ingethel.

Lorgar s’avança, sa masse lourde dans ses mains.

~ Rappelle-toi ce moment, Lorgar. Rappelle-toi-en pour ce qu’il est, et pour ce qu’il représente.

Il s’approcha de la statue effondrée et leva son crozius haut dans les airs, l’image même d’un bourreau.

La main brisée de l’Avatar s’accrocha à sa jambière blindée. Un autre de ses doigts cassa.

– Je vais mettre fin à la misère de ton ignorance, dit Lorgar en laissant le coup tomber.


UN UNIQUE COUP. Un coup à l’arrière du crâne.

Le craquement du métal contre la pierre. Le sifflement de la poussière capturée par le vent. Le raclement du sable contre la céramite scellée.

~ Il y a une leçon à retenir, ici.

Sur le sol rouge, de la cendre noire marquait la tombe d’un dieu.

~ Lorgar. La vois-tu ?

Lorgar se tourna face au démon. Ingethel basait, ses mâchoire baignant dans de la salive qui, apparemment, ne souhaitait pas geler dans le froid extrême.

~ Vois-tu ? demanda le démon, sans ciller. Un être divin peut être aussi ignorant, perdu, aussi aveugle que n’importe quel simple mortel. Ils peuvent être aussi têtus dans leur défiance, et une grande menace pour la vérité. Regarde le revenant que tu as détruit – un écho de foi qui échoua il y a bien longtemps. Maintenant disparue, ce monde peut guérir, car il n’est plus souillé par une fausse croyance païenne. Vois-tu ?

Son irritation quitta la grille de son casque en un grognement rauque.

– Tu as posé cette question à mon fils Argel Tal, et je ne souhaite pas connaitre la même instruction brutale. Oui, Ingethel, je vois.
~ Même un dieu peut mourir, Lorgar.

Il rit à nouveau.

– La subtilité est un poison pour toi, n’est-ce pas ?
~ Même un dieu peut mourir. Tu te rappelleras ces mots, avant la fin.

Le ton sérieux du démon le fit réfléchir.

– Tu parles de la fin comme si tu connaissais l’issue de tout cela.
~ J’ai parcouru les chemins des possibles. J’ai vu ce qui peut être, et ce qui va presque certainement être. Mais on ne peut voir ce qu’il sera qu’une fois que c’est devenu ce qui était.

Lorgar n’éprouvait plus le besoin de rire.

– Qu’est-ce qui est presque certain alors ? Comment tout cela finira-t-il ?

Le démon nettoya sa mâchoire de la cendre noire et de la poussière rouge.

~ Cela finit comme cela a commencé, fils de l’Empereur. Cela finit dans la guerre.


DEUX MOTS SUFFIRENT.

- Montres-moi.


SIX
LA DERNIÈRE PORTE



– JE CONNAIS CET endroit, murmura-t-il dans le silence. C’est la Porte de l’Éternité.

Lorgar regarda le hall sans fin – assez large pour permettre à mille hommes de s’y tenir de front, assez long pour accueillir toutes les bannières d’honneur des régiments de l’Empereur. Cent-mille bannières, à portée de vue. Un million derrière elles. Deux millions. Trois.

Encore, encore, et encore, aussi loin que pouvait porter le regard, représentant fièrement chaque monde tenu par le poing de l’Imperium. Chaque monde levait un nombre incalculable de régiments, leur drapeau de guerre flottant et formant une immense tapisserie. Le hall lui-même, s’étendant sur des heures et des heures, était en partie une cathédrale, un musée, et un sanctum d’honneur.

Dans les coins les plus profonds, se tenant dans les ombres, deux massifs Titans Warhound à crâne de loup gardaient le grand portail, leurs armes tueuses de villes pointées vers les marches de marbres.

Le portail lui-même ne pouvait être décrit. Des mots tels que « porte » ou « portail » supposaient une échelle compréhensible, quelque chose que les esprits mortels pouvaient imaginer sans difficultés. Ça n’était rien de cela. Construire une telle barricade devait avoir épuisé un quart entier des ressources d’adamantium de Mars, et ce avant que l’or soit ajouté en couches successives sur le cœur extérieur de céramite.

Une barrière si grande, si impossible de par sa taille et sa majesté, ne pouvait protéger que les secrets d’un être parmi tous les autres. Lorgar n’avait été là que peu de fois, car la Porte de l’Éternité était le portail du sanctum le plus personnel de son père, là où l’Empereur gardait ses laboratoires génétiques privés scellés et loin de ses fils et serviteurs.

Pendant un moment, Lorgar se tint sous le drapeau d’un régiment de l’Armée clamant le nom du monde nommé Valhalla. L’image sur le drapeau montrait un monde blanc et des hommes en longs manteaux qui tenaient des fanions au service de l’Empereur. Lorgar n’avait jamais mis le pied sur leur monde et se demandait à quelle distance il se trouvait par rapport à Terra. Peut-être ce peuple était-il aussi froid et peu accueillant que la glace sur laquelle ils vivaient.

– Pourquoi me montrer cela ? demanda-t-il, se détournant des bannières.

Ingethel sortit des ombres, la fourrure autours de son œil bulbeux sombre et humide à cause des fluides sécrétés.

– Tu pleures ? demanda Lorgar à la chose.
~ Non. Je saigne.
– Pourquoi ?

Les mâchoires du démon cliquetèrent.

~ Cela n’a pas d’importance. Dis-moi, que vois-tu ici ?

Lorgar inspira, goûtant l’air chaud et humide du système de ventilation de son armure.

– Puis-je respirer, ici ?
~ Oui. Nous ne sommes plus sur Shanriatha.

Lorgar déconnecta les joints de son gorgerin, et ôta son casque. De l’air froid lui caressa le visage, alors que son inspiration suivante apporta un bain d’air frais dans ses poumons en feu.

Il posa ses yeux calmes et scolaires sur le démon.

– Comment avons-nous quitté le monde mort ?
~ Nous sommes ici, et nous sommes là. Tu comprendras, une nuit, Lorgar. Pour le moment, les explications sont un gaspillage de temps et de souffle. Il est des vérités qui ne peuvent être assimilées par l’esprit humain.

Le Primarque sourit.

– Pour un guide, tu ne guides que très peu.
~ Je suis un émissaire. Un intermédiaire.

Ingethel serpenta sur le tapis rouge, laissant une trace collante.

~ Tu es ici, c’est tout ce qui compte. Tu peux respirer ici, mourir ici si nous ne faisons pas attention. Le Warp est tout et rien, et tu dérives dans ses courants.
– Très bien.

Cela ferait l’affaire, il supposa, pour le moment.

~ Tu entends cela, Lorgar ?

Lorgar inspira une nouvelle bouffée d’air frais.

– Une bataille au loin ? dit-il tout haut en secouant la tête. Cette vision est un mensonge. Le Palais Impérial n’a jamais été assiégé.
~ Non ? Tu regardes ces couloirs sans fin avec des yeux de mortel. Utilise une vision d’immortel.

Plus facile à dire qu’à faire. Son sixième sens, jamais fiable, était un cœur tourbillonnant dans son esprit, et résistait soudainement d’être ainsi débloqué dans cet endroit. En se concentrant, il réussit à profiter de son don psychique, comme s’il séparait les doigts serrés d’un poing fermé.

Lorgar parvint à dire :

– Je…

Puis il fut aspiré dans la bataille qui faisait rage autour de lui.


DES FANTÔMES GUERROYAIENT dans toutes les directions, leur corps spectral tombant sous la morsure des bolters et des lames.

L’illusion était assez parfaite pour que son corps réagisse en conséquence – le cœur s’emballait, la respiration qui s’accélérait, le besoin crucial de croiser le fer en se jetant dans la mêlée. Il se considérait comme un chercheur, quelqu’un de scolaire, avant d’être un soldat, mais l’intensité de la bataille exigeait une réaction instinctive. Les dents serrées, Lorgar regarda des guerriers à la silhouette agressive des armures des Legiones Astartes se battre et mourir à ses pieds.

Au milieu de leurs rangs chaotiques se tenaient des choses inhumaines et retorses, leur visage tordu et leur corps en sang servant de preuves irréfutables de leur origine Jamais-Né. Des griffes sifflaient et claquaient ; des tendons de chair et de peau barbelée se trémoussaient et se tordaient dans tous les sens ; des visages dépourvus d’yeux hurlaient au-dessus du staccato agressif des bolter. Des milliers et des milliers de combattants, mortels et immortels, détruisant et tuant, rugissant et hurlant. Beaucoup avaient des ailes de feu et de fumée ; d’autres planaient dans les cieux sur des ailes chiroptéennes, jetant des ombres de chauve-souris sur les combats en dessous. Ces derniers jetaient les corps d’Imperial Fists capturés, bombardant les guerriers en-dessous avec leurs propres frères.

Lorgar relâcha la respiration qu’il n’avait même pas réalisé retenir depuis quelques temps. En une exhalation, il prononça les mots :

– Et que je sois témoin, sous mes yeux, du véritable cœur de l’hérésie.

Ingethel s’approcha de lui. Le tumulte se reflétait dans son œil bulbeux.

~ Tes propres mots, Fils de l’Empereur ?
– Non. Une citation, tirée d’un ancien texte de l’Alliance.

Lorgar fixa une silhouette géante, plus grande encore qu’un Primarque, qui pulvérisait une phalange d’Imperial Fists. La créature portait des fragments brisés de céramite, l’image même de la pureté brisée d’un Légionnaire. La familiarité brutale d’un casque Mark II grimaçant était devenue une monstruosité dentelée, couronnée par de grandes cornes incurvée de métal et d’ivoire. Ses mains, autrefois humaines et entourée de ses gantelets renforcés, étaient des griffes enflées se terminant en faux d’os noir, comme les serres d’un oiseau de proie. Même depuis cette distance, l’aberration suintait de quelque chose d’empoisonné – une malignité envahissante et perverse, promettant la mort au moment où sa douceur touchait la langue. La senteur létale et corrompue émanait du léviathan en vagues.

– Cette créature, dit Lorgar en la regardant avec de grands yeux. Cela porte l’armure des Légions, mais je ne puis distinguer son allégeance.

Ingethel fit bouger ses deux bras gauches.

~ Vois-tu ces guerriers en rouge cardinal ?

Lorgar ne pouvait pas ne pas les voir. Une Légion entière, inconnue, leurs bolters crachant des flammes alors qu’ils avançaient en rangs mixés avec les Jamais-Nés. Les Impérial Fists reculaient devant eux, leur nombre diminuant à chaque instant.

~ Ils sont les Porteurs de la Parole.
– Ils…
~ Oui, Lorgar. Ce sont eux.

Et cela était bien eux. Sa Légion, ses fils loyaux, portant des armures de la couleur du sang et du fer oxydé. Des rouleaux de prières s’étalaient dessus, leur piété déclamée avec défiance alors même que les parchemins étaient arrachés et voletaient dans la fureur de la bataille. De nombreux heaumes portaient des cornes comme les couronnes des officiers, et chaque épaulière arborait le visage tordu d’un démon moulé dans du bronze noirci.

Les observer fit retentir leurs chants. Qui étaient ces guerriers, qui se paraient de crânes et de visages démoniaques, psalmodiant des versets rituels alors qu’ils avançaient ? Qu’était-il advenu de sa Légion ?

Ingethel surprit les pensées de Lorgar.

~ Le futur prévoit de nombreux changements, Lorgar.

Il ne répondit pas. Lorgar marcha parmi les Légionnaires en guerre, complétement ignoré par chacun d’entre eux. Les combattants bougeaient autour de lui pour tirer, mais ne prenaient pas garde à son existence. Hésitant, il poussa l’épaulière d’un des Word Bearers. Le guerrier jura quand il rata sa cible, se repositionna et ajusta son arme. Le bolter fit feu quelques instants plus tard, criant son refrain tumultueux.
Submergé par les Légionnaires en marches, le Primarque regarda son guide. Ingethel serpenta plus près, son corps de ver musclé et sinueux séparant les guerriers avec facilité.

~ Ce moment se situe à cinquante années du moment où nous nous tenons sur Shanriatha.
– Pourquoi portent-ils le rouge ?

Ingethel s’approcha d’un des Word Bearers, ses ongles grinçant sur le visage démonique sur son épaule. Le Légionnaire hésita ; un moment, Lorgar se demanda si le démon avait fait connaitre leur présence. Au lieu de les remarquer, le soldat rechargea son arme, ajoutant ensuite son tir à l’assaut.

~ L’ancienne armure de la Légion fut rejetée pour accueillir les changements qui s’emparent de l’Humanité. Ils ne sont plus les Porteurs de la Parole de l’Empereur, Lorgar. Ils sont les Porteurs de la tienne.

– Cela ne se peut, dit le Primarque en sursautant quand un bolt éclata près de lui, tuant un Word Bearer. Tu ne m’as toujours pas dit ce qu’était cette créature – celui qui porte l’armure de ma Légion dans cinquante ans.

Il regarda la chose bouger sa musculature de concert avec les câbles d’alimentation exposés et la céramite écarlate de son armure. Alors qu’il déchiquetait un Imperial Fist avec ses immenses griffes, la fumée noire qui émanait de ses ailes fut comme une ombre acide, dévorant lentement l’armure dorée des Imperial Fists aux alentours.

– Trône de l’Empereur-Dieu, murmura Lorgar.

Dans la poigne du monstre, l’Imperial Fist tranché en deux continua le combat, faisant feu avec son bolter sur le visage du démon. La créature blindée jeta les jambes du guerrier, détournant son visage des détonations qui craquaient contre son casque. Lorgar regarda en silence le démon ailé empaler le demi Imperial Fist sur sa couronne taurine, sur sa corne droite. Cela, enfin, mit fin à la défiance du guerrier. Son bolter lui glissa des mains, rebondissant sur les ailes enveloppées d’ombres. Le démon combattit ainsi, pas même gêné par le poids du torse accroché à sa couronne d’ivoire.

– Quelle est cette chose ? demanda le Primarque une nouvelle fois. Son âme est… je n’ai pas de mots pour décrire cela.

Lorgar regarda par-delà le carnage, plissant les yeux pour voir ce qu’il y avait sous la chair de la monstruosité. Là où une émanation vibrante palpitait chez un être vivant, et où un abîme sans fond aspirait la lumière chez un Jamais-Né, cette créature possédait les deux. Un charbon ardent brûlait dans l’obscurité sous sa peau.

– Cela n’est pas humain, dit Lorgar d’une voix tendue par l’effort fourni pour percer la brume autours des ailes de la créature. Mais cela le fut.

Il se tourna vers Ingethel.

– N’est-ce pas ?

Ce n’était pas vraiment une question.

Cette fois, le ton d’Ingethel trahit une part de son hésitation. Cela lui inspirait de la répugnance, ou de l’admiration, peut-être.

~ Il s’agit de son fils, Lorgar. C’est Argel Tal.

Le tonnerre gronda depuis la Porte de l’Éternité, alors qu’une autre silhouette ailée atterrissaient dans la mêlé. Ses ailes étaient froissées et fatiguées, ses plumes blanches parcourues de trainées de sang. Son armure était une armure ruinée faite de métal fondu et d’or poli, et son visage était masqué par un heaume doré. La lame dans sa main grondait de flammes psychiques, assez lumineuses pour brûler les yeux de tout témoin.

– Non, murmura Lorgar.

~ Et c’est ton frère, dit le démon. Sanguinius, Seigneur des Anges. C’est ainsi que mourra Argel Tal.


LORGAR SE FIGEA après son premier pas. Il avait inspiré dans le hall devant la Porte de l’Éternité, et avait expiré sous un ciel torturé par des volcans grondant.
L’air était fétide – celui qui sortait d’un tombeau ouvert. Malgré l’horizon en flammes et étouffé par la cendre des volcans en éruption, peu de chaleur atteignait sa peau. Aucun vent ne soufflait pour rafraichir l’air. Le sol trembla longuement, lâchant un grognement sourd de torture tectonique sous la surface de la terre grise. La planète elle-même s’insurgeait devant ce qui se passait à sa surface.

Lorgar ne pouvait voir au-delà du tapis de cendre qui cachait le ciel. Pour couvrir les cieux ainsi, les volcans devaient être en éruption depuis des mois, au moins.
Il se tourna vers le démon, le sentant approcher de derrière lui.

– Où sommes-nous ? Pourquoi nous as-tu menés ici ?
~ Un monde sans nom. Nous sommes ici car tu as vu tout ce qu’il y avait à voir pour toi.

Le Primarque rit sans le vouloir. Alors qu’il se contrôlait pour parler, un second éclat de rire s’échappa de ses lèvres.

~ Je ne parviens pas à voir ce qu’il y a d’amusant, Lorgar.
– Tu me montre mes armées faisant le siège du palais de mon père, alliées avec des démons, guerroyant contre mes frères, et tu demandes pourquoi je voulais voir plus qu’un poignée de secondes ?

Lorgar secoua la tête et le rire mourut.

– Désormais je ne serai plus mené par le bout du nez dans tes leçons prévues à l’avance, créature.
~ Tiens ta langue quand tu t’adresses à l’un des choisis des Dieux, bava Ingethel.
– Je suis ici car je le veux bien. Je quitterai cet endroit de la même façon.
~ Oui, dit le démon en se tenant plus droit, et faisant craquer ses vertèbres. Continues de te dire cela, Lorgar.

Le Primarque agrippa son crozius, voulant sortir l’arme et la balançant avec colère, regagnant le contrôle de sa vie grâce à la violence. En cela, il était comme ses frères, et il le savait. Le désire était toujours présent. Quel meilleur moyen pour plier la réalité selon son désir ? Saigner ceux qui s’opposeraient à lui, et détruire toute opposition. Le chemin du destructeur était toujours un chemin facile. Il revenait aux constructeurs, aux visionnaires, de faire le travail difficile.

Lorgar fit quelque chose qu’aucun de ses frères n’auraient fait à sa place. Il lâcha l’arme, la laissant dans on fourreau, et respira un grand coup.

– Je suis ici pour connaitre la vérité divine, Ingethel. Et tu es ici pour me la montrer. Ne me tance pas.

Le démon ne dit rien. Lorgar fixa son œil bouffi, qui pleurait toujours de l’ichor.

– Me comprends-tu ?
~ Oui.
– Maintenant, dis-moi pourquoi tu m’as convoqué ici. J’ai entendu l’appel de cet endroit, mon nom crié à travers les tempêtes solaires. Je suis venu à maturité sur un monde où nos anciens textes sacré parlaient de cet empire alien décédé comme étant le paradis. Je veux des réponses, Ingethel. Je les veux tout de suite. Pourquoi ai-je été formé dès ma naissance pour être mené en ce lieu ? Que me veut le destin ?

Le démon bava à nouveau. Ses babines saignaient à présent, et deux de ses bras étaient recourbés sur son torse.

– Que t’arrive-t-il ?
~ J’arrive au terme de mon incarnation. Mon essence n’est plus retenu par cette cage d’os et de chair.
– Je ne désire pas te voir mourir.
~ Je ne mourrai pas, pas comme tu en perçois le concept. Nous sommes les Jamais-Nés. Nous sommes aussi les Infinis.

Lorgar avala son irritation, ne la laissant pas poindre.

– La véritable immortalité ?
~ De la seule façon possible, dit le démon en regardant l’horizon, tout comme Lorgar quelques instants auparavant. Tu poses une question, tout en connaissant déjà la réponse. Tu es ici, maintenant, car tu as été convoqué. Tu es ici, maintenant, car ta vie a été faite pour que cet instant ait lieu. Tu es ici, maintenant, car les Dieux en voulaient ici. Dans les écheveaux emmêlés de la toile du temps, J’ai vu un nombre incalculable de futurs possibles où tu ne venais pas à nous, Lorgar.

Dans l’un, tu mourrais jeune, l’enfant-martyr doré de Colchis, tué par des assassins cherchant à restaurer les Anciens Rites. Quand l’Imperium arriva, il trouva un monde mort par sa propre faute, perdu par les croisades âpres des fanatiques.

Dans l’autre, tu étais empoisonné trois nuits après avoir conquis la capitale pour gagner le cœur des habitants de Colchis. Tu étais tué par le vin dans ton verre, par le poison placé dans ce verre par la main de celui que tu appelais Père, car il craignait qu’il ne serait plus capable de te manipuler.

Dans l’autre, tu ne savais pas te contenir, comme beaucoup de tes frères : dans une confrontation avec Sanguinius, tu lui planta un couteau dans le dos, et étais en retour abattu par Horus pour ton péché.

Dans l’autre, tu défiais l’Anathème – la créature que tu nommes l’Empereur, le considérant à tort comme un homme – et tu étais exécuté par tes frères Curze et Russ. Ton cœur était arraché de ta poitrine, et un puissant sort alliant alchimie et génétique fut jeté sur tous ceux qui partageaient ton sang. Ta Légion était empoisonnée, réduite à la folie, et finalement annihilée par les flottes du Royaume d’Ultramar.

Dans l’autre, tu…
– Assez.

Lorgar se sentait blême, et il soupçonnait que seule sa peau dorée masquait se fait.

– Assez, s’il te plait.
~ Comme tu le souhaites.

Les montagnes continuaient de gronder dans la distance alors que le monde cracher des flammes dans le ciel.

Lorgar ouvrit enfin ses yeux.

– Pourquoi moi ? Pourquoi m’a-t-on mené ici ? Pourquoi pas Horus ou Guilliman ? Ils sont les généraux que je ne serai jamais. Pourquoi pas Sanguinius ou Dorn ?

Il rit, sous le coup du destin.

– Pourquoi pas Magnus ?

Ingethel grimaça, dans la mesure que lui permettaient ses mâchoires.

~ Les Dieux ont touché nombre de tes frères, tant de manière explicite qu’implicite. L’un d’eux porte des ailes sur son dos. Cela fait-il partie des plans génétiques de ton Empereur ? Ne voulait-il pas détruire toute allusion religieuse ? Pourquoi alors créer un fils qui a les attributs d’un ange incarné ?

Lorgar balaya le point.

– Assez d’idiotie déguisée. Pourquoi pas Magnus ? Il est le plus puissant d’entre nous tous, sans l’ombre d’un doute.
~ Magnus. Magnus le Rouge. Le Roi Écarlate, rit Ingethel dans l’esprit de Lorgar, alors qu’il faisait signe vers les plaines. Il est déjà avec nous, qu’il l’admette ou non. Il est venu à nous sans avoir besoin d’être convoqué, et sans jamais considérer la notion de foi. Il est venu pour le pouvoir, car c’est pourquoi toute chose faite de chair et de sang vient à nous. Et dans cinq courtes décennies, quand la galaxie commencera à brûler, il viendra ici de lui-même.

Contemple ce monde, Lorgar, dans cinquante ans.


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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Jeu 11 Oct - 15:04

SEPT
CITÉ DE LUMIÈRE


PENDANT UN MOMENT, regarder la lumière fut douloureux. L’argent dans son artificialité, aussi froid et éloigné du doré chaud d’une étoile que l’on puisse imaginer. Se cachant le visage de l’austère lumière, Lorgar regarda les plaines qu’Ingethel avait montrées.

Des ombres se formaient sur la ligne d’horizon. Lorgar les reconnut instantanément, car il avait étudié ici pendant presque une décennie, vivant parmi son peuple et en arrivant à l’adorer tout comme il aimé celui de Colchis.

– Tizca, dit-il simplement après avoir ravalé son horreur.

Des spires brisées représentant l’ingéniosité humaine ; de grandes pyramides de pierre blanche, de métal pale et de verre brisé ; les murs de la cité réduit à des tas de décombres – c’était la grande et illuminée cité des Thousand Sons, réduit à une dévastation imminente.

– De quelle folie suis-je donc témoin ? Quels mensonges se sont vu donné une forme ?
~ Tizca brûlera dans le creuset de la guerre à venir. Il doit en être ainsi.
– Je ne le permettrai pas.
~ Oh si, Lorgar. Tu le dois.
– Tu n’es pas mon maitre. Je n’adorerai jamais un dieu qui contrôle ses sujets. La foi est une liberté, pas un esclavage.
~ Tu le permettras.
– Si c’est le futur, Ingethel, je le dirai à Magnus dans le passé. Quand je rentrerai dans l’Imperium, ce sera la première chose à quitter mes lèvres.
~ Non. C’est l’incident final dans l’illumination de Magnus. Trahit par l’Empereur, trahit par ses propres frères, il mènera sa cité dans le Warp afin d’échapper à sa destruction ultime. Ici, il forge un bastion pour la guerre à venir.
– Quelle guerre ? cracha Lorgar. Tu n’arrêtes pas de parler de trahisons, de croisades et de batailles, comme si je voyais le futur dont tu parles. Sois maudis, dis-moi, quelle guerre ?

Lorgar se dirigea vers la cité en ruines, mais Ingethel lui retint l’épaulière.

~ La guerre que tu commenceras, mais que tu ne dirigeras jamais. La guerre qui amènera toutes ces vérités à l’Imperium. Tu es venu trouver les Dieux, Lorgar. Tu les as trouvé, comme ils en avaient décidé pour toi. Leurs yeux sont tournés vers l’Humanité, désormais. Nous avons dit cela à Argel Tal, tout comme nous le disons à toi maintenant : l’Humanité doit embrasser les vérités de la réalité divine, ou souffrir le même destin que les Eldars.

Lorgar regarda la cité.

~ Tu savais déjà qu’il faudrait une guerre. Un Croisade Sainte, pour amener la vérité jusqu’à Terra. Trop de mondes résisteront. La poigne de l’Empereur est trop forte, sans pitié, sur eux. L’Anathème les prive de toute chance de grandir d’eux même, ils vont donc s’affaiblir – et mourir – alors qu’ils seront enchaînés par sa vision étroite.

Le Primarque sourit, un reflet pale de l’expression de son père génétique.

– Et à la place de l’ordre, tu proposes le Chaos ? J’ai vu ce qui marche à la surface de ces mondes eldars. Les mers de sang et les villes de Jamais-Nés hurlants.
~ Tu regardes un empire qui a échoué dans sa vénération des Dieux.
– Même, il est des horreurs que nul homme n’acceptera de plein gré.
~ Non ? Ces choses sont des horreurs pour qui les regarde avec des yeux mortels. Sans une foi en les vrais Dieux, l’Humanité succombera à son propre manque de foi. Les royaumes aliens détruiront l’Imperium, car l’Humanité n’a pas la force qui lui permettra de survivre dans une galaxie qui exècre ta race. Votre expansion diminuera et s’éteindra, et les Dieux détruiront ceux qui se sont détourné d’eux. Ton espèce peut embrasser le Chaos dont tu parles, ou goûter au même sort que les Eldars.
– Le Chaos, dit Lorgar en savourant le mot sur sa langue. Ça n’est même pas le mot correct, n’est-ce pas ? Le royaume immatériel peut être un Chaos parfait, mais il est changé quand il est lié à l’univers matériel. Dilué. Au sein même du Gand Œil, là où les Dieux observent la galaxie, les lois physiques sont brisées mais ça n’est pas un lieu de Chaos parfait. Ça n’est pas un simple océan d’énergie psychique effervescente. Ça n’est pas le Warp lui-même, mais un emmêlement d’ici et de là, le firmament et l’aether.

Le Primarque respira l’air cendreux, le sentant lui démanger l’arrière de la gorge.

– L’ordre parfait ne changerait jamais. Mais le Chaos parfait n’apparaitrait jamais en premier lieu. Vous désirez une union.

Il se tourna vers Ingethel. Du sang coulait des deux yeux du démon, désormais, assombrissant sa fourrure.

– Vous avez besoin de nous, dit Lorgar. Les Dieux ont besoin de nous. Ils ne peuvent réclamer le royaume physique sans nous. Leur pouvoir est étranglé quand ils n’ont pas de prières ou d’actions faites en leur nom.
~ Oui, mais le besoin n’est pas quelque chose d’égoïste. C’est un désir naturel. Les Dieux sont les maitres du Chaos en tant que force naturelle. Le Warp est toute émotion humaine –toute émotion émanant d’une créature pensante – rendue manifeste dans une tempête psychique. Ce n’est pas l’ennemi de la vie, c’en est le résultat.

Lorgar respira profondément, sentant de nouveau la cendre dans l’air.

Il ne dit rien, car il y avait peu à dire. Argel Tal lui avait rapporté ces mots, et Lorgar les entendait de lui-même.

~ Le Chaos cherche la symbiose avec la vie ; le possesseur d’Âme et le Jamais-Né dans une harmonie naturelle. Union. Foi. Pouvoir, Lorgar. Immortalité et possibilités infinies. Les sensations au-delà de la compréhension mortelle. La capacité de ressentir un plaisir qui rendrait fou plutôt que la douleur. Le présent de l’extasie alors même que l’on est détruit, changeant la mort en une simple blague, car sachant que l’on se réincarnera dans une nouvelle forme encore et encore jusqu’à ce que les soleils eux-mêmes soient noirs.
Et quand les étoiles mourront, le Chaos survira dans le froid – toujours parfait, toujours exultant, toujours pur. C’est tout ce dont l’Humanité a rêvé – être imbattable dans la galaxie, être omnipotente au-dessus de toute vie, et être éternelle.

Lorgar ne regardait plus la cité déchue.

– Ton choix n’est pas excellent. Je suis heureux et fier d’avoir découvert la vérité. Je suis honoré d’avoir été choisi par des êtres assez puissants pour être considérés comme divins, selon le vrai sens du terme. Mais je lutterai pour apporter cette lumière à l’Humanité. Je ne peux gagner une guerre contre le dieu assis sur le Trône Terran.

~ Vivre c’est lutter. Tu lutteras, et tu vaincras.
– Même si je croyais à tout cela, dit Lorgar, son sang se figeant alors qu’il prononçait ces mots. J’ai cent-mille guerriers à mes ordres. Je serai mort dès que j’aurai atterri sur le Monde Trône.
~ Tu en attireras plus, au fur et à mesure que tu libéreras des mondes. C’est écrit dans les étoiles ; lorsque tu quitteras cet endroit, ta Légion ne passera plus des années entières à bâtir des mondes entiers vénérant l’Anathème en tant que Dieu-Empereur. Tu écraseras la résistance sous tes bottes, et attireras des êtres de chair et croyants à ton service. Certains seront des esclaves dans les boyaux de tes vaisseaux de guerre. D’autres constitueront ton troupeau, et tu les guideras, comme un berger, vers l’illumination. De nombreux autres seront emmenés dans tes asiles génétiques, et seront transformés en Légionnaires.

Le Primarque résista à l’envie de le maudire.

– Je deviens de plus en plus agacé que tu discutes de mon avenir dans des termes aussi définitifs. Aucun de ces événements n’a eu lieu, et il se peut qu’ils ne surviennent jamais. Tu n’as toujours pas répondu à la seule question importante. Pourquoi moi ?
~ Cela doit être toi.

Il serra les dents.

– Pourquoi ? Pourquoi pas un autre ? Horus ? Sanguinius ? Le Lion ? Dorn ?
~ Toutes les autres Légions mourraient pour leur Primarque, et elles se sacrifieraient pour l’Imperium. Mais l’Imperium est le cancer qui tue l’espèce. Même si certains de tes frères se détournent de l’Empereur, ils combattront pour le contrôle de l’Imperium. Seuls les Word Bearers mourront pour la vérité, et pour l’Humanité.
La foi et l’acier doivent maintenant fusionner. Si l’Humanité devient un empire au lieu d’une espèce, elle sera en proie aux griffes des aliens et à la fureur des Dieux. Ainsi vont les choses. Ce qui arriva se répètera.

Lorgar sortit un rouleau de parchemin scellé de sa ceinture, le déroulant avec un soin exagéré. De la poussière rouge parsemait le parchemin, vestige de Shanriatha, ainsi que des gouttelettes de sang depuis la bataille de la Porte de l’Éternité. Elles tâchaient la page crème, plantées sur la page pale, pareilles à des sceaux de cire.
Le sang de son fils. La vie d’un membre de sa propre Légion, cinquante ans plus tard. Un guerrier destiné à mourir sur le monde-mère de l’Humanité, à une immense distance de la planète sur laquelle il était né. Ce guerrier était-il né, au juste ?

Lorgar froissa le parchemin, détruisant l’écriture cunéiforme de Colchis, le laissant tomber sur le sol froid.

– Magnus est-il ici ? Sommes-nous présents à l’instant qui se situe cinquante ans après que je sois entré dans le Grand Œil ?
~ Oui. Là où nous nous tenons se situe quelques jours après un évènement dont l’Humanité se souviendra comme la Chute de Prospero. Magnus fut victime de sa propre arrogance, et réside désormais dans la plus haute tour de sa cité détruite, ici, se lamentant de la destruction de sa Légion et de la mort de ses espoirs. Il ne voulait que le meilleur, mais sa curiosité l’a maudit aux yeux de l’Empereur. Il a regardé trop profondément, trop longtemps, dans des idéaux que l’Empereur n’avait pas.

Lorgar acquiesça, ne s’attendant à rien de moins. Ce n’était pas sans précédents, après tout. Sa propre Légion – cent-mille Word Bearers à genoux dans la poussière de Monarchia…

Il secoua la tête, regardant la ville, et la tour en son centre.

– Pourquoi vient-il ici, dans l’Empyrean ?
~ Pour se cacher là où les chiens de l’Empereur ne peuvent l’atteindre. Il est ici pour lécher ses blessures. Pour ses pêchés, Magnus a été condamné. Il a choisi l’exile plutôt que la mort.

Lorgar se mit en marche.

– Je vais lui parler.
~ Il ne te sera pas permis de te tenir devant le Roi Écarlate.

Il n’avait pas besoin de se retourner pour savoir qu’Ingethel souriait.

– Nous verrons, dit-il par-dessus son épaule.

Il n’y eut pas de réponse. Ingethel était parti.


IL ÉTAIT MENACÉ par une aberration portant l’armure en céramite rouge cardinal de la Légion des Thousand Sons.

– Denlcrrgh yidzun, demanda la chose.

Un bolter de bronze était tenu par le tentacule couleur chair qui lui tenait lieu de bras. Derrière la sentinelle solitaire, les murs de la cité déchue de Tizca se dressaient en piles de débris.

Lorgar exhala lentement. Même à une douzaine de mètres de distance, le Thousand Son empestait la chair pourrie et l’odeur riche et cuivrée des secrets aethériques. Ce qu’il restait de son visage donnait l’impression d’avoir coulé de son crâne.

– Je suis Lorgar, Seigneur de la Dix-Septième Légion, dit-il en désignant le bolter. Abaissez votre arme, novice. Je suis ici pour parler avec mon frère.

Le Thousand Son essaya une nouvelle fois de s’exprimer, ses traits se tordant alors qu’un flot de syllabes incohérentes s’échappait de ses lèvres. Il sembla se rendre compte de son incapacité à parler, car une voix douce et cultivée se fit entendre dans l’esprit de Lorgar.

~ Je suis Hazjihn de la Quinzième Légion. Vous ne pouvez être ce que vous semblez être.

Lorgar cacha son inconfort derrière le sourire de son père.

– Je pourrais te dire la même chose, Hazjihn.

Le sol trembla violement. Du verre se brisa dans les niveaux inférieurs de la pyramide la plus proche, alors que des pierres dégringolaient des murs.

~ Le Roi Écarlate nous a dit que nous étions les seules formes de vie sur cette planète.

Le visage dégoulinant de Hazjihn recracha difficilement de l’air.

~ Vous ne pouvez être Monseigneur Aurelian des Word Bearers.

Lorgar étendit ses bras devant lui, en signe d’amitié.

– Tu me connais, Hazjihn. Te souviens-tu de la soirée pendant laquelle j’ai discuté des Allégories de Khed-Gahir avec vous, dans le district ouest des jardins de la Cité des Fleurs Grises ?

Le bolter se baissa quelque peu.

~ Je me souviens, oui. Combien de guerriers de ma Légion étaient-ils présents, ce soir-là ?

Lorgar baissa la tête vers le Thousand Son, en signe de respect.

– Trente-sept, parmi une foule de vingt-mille mortels.

Les yeux humides du guerrier clignèrent lentement.

~ Et quel est le cinquantième principe de Qahir ?
– Il n’y a pas de cinquantième principe de Qahir, car il est mort de la tuberculose peu de temps après avoir écrit le dix-neuvième. Le cinquantième principe de Khed est de maintenir la pureté de sa chair et de ses armes aussi sûrement que celui qui maintient la pureté de son âme, car l’externe découle inexorablement dans l’interne.

Le guerrier baissa son bolter.

~ Vous pouvez être une illusion, mais je vais vous mener à mon seigneur. Il vous jugera avec son propre œil.

Lorgar inclina la tête une nouvelle fois, cette fois en signe de remerciement. Il suivit la forme claudicante de Hazjihn, grimpant sur les piles de débris pour entrer dans la cité à proprement parler. La lente marche du guerrier fit grincer les servomoteurs de son armure.

Lorgar regarda les mouvements maladroits du guerrier. Quels que soient les bénéfices de la mutation, ils étaient cachés sous l’armure de la Légion. Par-dessus tout, un certain hasard résidait dans la corruption de Hazjihn. Lorgar ne pouvait s’empêcher de comparer cela à la forme létale d’Argel Tal dans sa précédente vision. Les altérations de son propre fils portaient toutes les marques d’une intention malicieuse, comme si une intelligence supérieure avait refaçonné la chair du Word Bearer, réécrivant sa vie au niveau génétique en une machine de guerre vivante.

La mutation de Hazjihn ne montrait pas le même but. En fait, il semblait malade.

– Novice, dit Lorgar d’une voix douce. Que vous est-il arrivé ? Combien des fils de mon frère sont-ils comme toi ?

Hazjihn ne se retourna pas.

~ Cet endroit, ce monde, a altéré nombre d’entre nous. Le Pouvoir nous béni, monseigneur.

Béni. Le démon Ingethel avait donc dit vrai : les considérations physiques s’effaçaient quand on embrassait l’union avec les Dieux. Avec la maitrise psychique et l’ascension de la conscience à un niveau immortel, évidemment, les luttes de la chair devenaient inappropriées. Cela avait peut-être un sens : quand on était omnipotent, les règles de la chair n’importaient plus. Un pouvoir d’une telle magnitude masquait de tels concepts inférieurs.

Pourtant, même pour quelqu’un qui louait sa propre illumination comme Lorgar, c’était une pilule bien difficile à avaler. La vérité pouvait bien être divine, elle n’était pas plus appétissante pour la race humaine. Des vérités étaient trop affreuses pour être acceptées.

Un sourire rance et qu’il ne voulait pas apparut sur ses lèvres pendant un moment. Cela serait donc une croisade. Une autre croisade pour amener la vérité aux masses à la pointe de l’épée.

L’Humanité ne pouvait et ne pourrait jamais atteindre sa propre illumination. Il trouva cette idée la plus triste et regrettable de l’espèce.

– Depuis combien de temps êtes-vous ici, Hazjihn ?
~ Certains insistent sur le fait que cela fait des mois. D’autres clament que seuls quelques jours se sont écoulés. Nous ne pouvons mesurer le temps, car il s’écoule dans toutes les directions. Les chronomètres affichent des données de leur propre invention.

Le guerrier produisit un son gargouillant, proche d’un rire.

~ Pourtant, le Primarque nous dit que seuls quelques jours ont passé dans le royaume matériel.
~ Lorgar.

La voix d’Ingethel, pas celle de Hazjihn.

~ Repars. Tu ne peux voir ce futur.

Le Primarque tint sa langue alors qu’il marchait dans Tizca, la Cité de Lumière.


ALORS QU’IL regardait Magnus, Lorgar concilia logique et émotion, les forgeant en la compréhension. Ce n’était pas le Magnus qu’il connaissait – c’était un Magnus plus âgé de cinq décennies.

En cinquante ans, il avait vieillit d’un siècle. Le Roi Écarlate avait abandonné les prétentions d’une armure, drapé qu’il était désormais d’une lumière divine qui laissait des persistances rétiniennes pour qui le regardait. Mais sous la grandeur psychique, un frère brisé regarda Lorgar arriver. L’œil qu’il lui restait n’affichait plus l’ancienne étincelle d’antan, et ces traits, qui n’avaient jamais été ceux d’un bel homme, étaient désormais ridés par le temps et les pensées tortueuses.

– Lorgar, dit Magnus, brisant le silence de la bibliothèque.

Le feu magique qui émanait de lui en vagues illuminait les parchemins et les livres alignés sur les murs.

Le Word Bearer entra lentement, les articulations grondantes de son armure brisant également le silence. Se tenir trop près de Magnus donnait lieu à une douleur violente derrière ses yeux, comme si le bruit blanc était devenu une sensation physique. Lorgar détourna ses yeux, observant la collection d’écrits de son frère. Immédiatement, son regard tomba sur un de ses propres livres – Un Épilogue au Tourment – écrit la même année que sa victoire sur les Anciens Rites de l’Alliance sur Colchis.

Lorgar passa son doigt sur la tranche du livre.

– Tu ne sembles pas surpris de me voir, frère.
– Je ne le suis pas, dit Magnus, se permettant de sourire, ce qui accentua ses rides. Ce monde détient d’infinies surprises. Quel jeu cela peut-il bien être, je me le demande. À quelle pauvre hallucination suis-je en train de m’adresser, cette fois ? Tu n’es qu’un pauvre simulacre de Lorgar, esprit. Tes yeux ne brûlent pas de feu de la foi que seuls lui et ses fils comprennent. Pas plus que tu ne portes ses cicatrices.

Magnus resta près de son bureau, mais ne fit aucun geste pour retourner à sa lecture. Lorgar se tourna vers lui, ses yeux se plissant.

– Je ne suis pas une apparition, Magnus. Je suis Lorgar, ton frère, aux dernières nuits de mon Pèlerinage. Le temps, vois-tu, y est muable.

Il hésita.

– Les années n’ont pas été tendres avec toi.

L’autre Primarque rit, bien que le bruit ne contînt aucune trace d’humour.

– Les récentes années n’ont été tendres avec personnes. Disparais, créature, et laisse-moi à mes calculs.
– Frère, c’est moi.

Magnus plissa son unique œil.

– Je deviens fatigué de tout ceci. Comment es-tu monté dans ma tour ?
– Je suis venu en compagnie de ton guerrier. Magnus, je…
– Assez ! Laisse-moi à mes calculs.

Lorgar s’avança, les mains levées en signe de conciliation fraternelle.

– Magnus…
+ Assez. +

L’explosion de blancheur vida son sens à tout, excepté la sensation de chute.

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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Jeu 11 Oct - 15:07

QUATRIÈME PARTIE
ÉLU DU PANTHÉON





HUIT
QUESTIONS


IL OUVRIT LES yeux pour voir un horizon bien familier, bouillonnant et se rebellant contre les lois de la nature. Le crépuscule prenait possession de ce monde, qui ne pouvait être autre que Shanriatha. Mais il pouvait respirer, maintenant. Et la température, bien que basse, était loin d’être mortelle.

Lentement, Lorgar se leva sur l’étendu de sable. Les rouleaux de parchemins avaient disparu de la surface de son armure, brûlés par la magie de Magnus. Ses poumons se serrèrent et il tressaillit. Il sentit les muscles de sa gorge et de son torse être parcourus de spasmes incertains.

Pas suffisamment d’oxygène dans l’air. Rien de plus. Il prit le heaume fixé magnétiquement à sa ceinture, et scella son armure. La première inspiration qu’il prit fut étonnamment apaisante. Il respira les émanations d’huile sacrée qui provenaient de son armure.

Ce ne fut qu’à ce moment qu’il remarqua Ingethel. Le démon reposait recroquevillé sur le sol, un cauchemar fœtal lisse et luisant des sécrétions muqueuses issues de la gestation. De la poussière rouge tapissait sa peau humide.

Il le secoua gentiment du bout de sa botte. Ingethel se retourna, exposant ses traits bestiaux au ciel de fin de soirée. Aucun de ses yeux ne pouvait se fermer, mais les deux avaient essayé. Ils étaient ouverts comme des entailles, et ses mâchoires craquèrent quand il se releva. Lorsqu’il fut debout, du sang s’écoula de l’abdomen du démon en une cascade sifflante. Des choses se tortillèrent dans la mare de liquide puant, gigotant dans le sable lorsqu’elles furent en contact avec l’air ambiant. Lorgar ne désirait en aucun cas examiner ces choses de plus près.

– Démon, dit-il.
~ Plus longtemps. Bientôt. Cette chair va pourrir. J’aurai besoin de m’incarner à nouveau, dit le démon en se redressant, ses os craquant et cliquetant. Cela m’a beaucoup coûté de te retirer de la tour de Magnus.
– Mon frère ne voulait pas me parler.
~ Ton frère est un instrument du Changeur de Destins. Es-tu toujours à ce point aveugle, Lorgar ? Magnus est une créature inconsciente de sa propre ignorance. Il est manipulé à chaque carrefour, et se prend pourtant pour le manipulateur. Les Dieux œuvrent de bien des façons. Certains des leaders de l’Humanité doivent être leurrés par des promesses de pouvoir et de domination, alors que d’autres doivent être manipulés jusqu’à ce qu’ils soient capables de voir la vérité en face.
– Et moi ? dit le Primarque entre ses dents serrées.
~ Tu es l’élu du panthéon. Toi seul te tourne vers le Chaos par idéalisme, pour le meilleur de ton espèce. En cela, comme dans tous les autres domaines, tu es désintéressé.

Lorgar se retourna et se mit à marcher. La direction était sans importance, car le désert n’était qu’une étendue sans fin, aussi loin que son regard pouvait porter.
Désintéressé. Magnus l’avait appelé ainsi, une fois, le disant sur un ton de reproche, comme une imperfection. Mais le démon l’utilisait avec une langue mielleuse, comme étant sa plus grande qualité.

Cela n’importait guère. Immunisé à la vanité, il ne se laisserait pas leurrer par des mots doux. La vérité était suffisante, malgré toute son horreur.

– Est-ce que je survis à cette croisade ? demanda-t-il tout haut.

Ingethel s’approcha de lui, lentement, son souffle s’échappant de poumons de plus en plus faibles.

~ La Grande Croisade Impériale est déjà terminée pour toi. Tout ce qu’il reste, c’est de jouer les rôles que le destin accorde.
– Non. Pas la croisade de mon père. La véritable croisade, qui va arriver.
~ Ah. Tu crains pour ta vie, si tu trahis l’Empereur Terran ?

Lorgar se remit à marcher lourdement sur les dunes de sable.

– La vision de Magnus a dit que j’avais souffert à cette époque. A un moment donné dans les cinq prochaines décennies, je vais devoir lutter pour survivre. Cela va de soi que je puisse mourir. Si tu as regardé au-delà du chemin déjà parcouru, tu dois savoir ce qui arrivera.
~ Une fois la trahison répandue dans la galaxie, les moments où tu pourras perdre la vie seront nombreux. Certains plus probables que d’autres.

Lorgar arriva au sommet d’une autre dune, s’arrêtant pour contempler le désert infini.

– Dis-moi comment je meurs.

Il regarda le démon, le fixant d’un regard paisible.

– Tu sais. Je l’entends dans ta voix. Dis-moi.
~ Aucun être ne peut voir son propre futur écrit devant lui, en des termes certains. Certaines décisions te verront de façon quasi-certaine mort. Sur un monde nommé Shrike, si tu interfère dans un conflit entre Magnus le Rouge et le frère que tu appelles Russ, il y a une concordance de possibilités que tu sois tué dans leur duel.
– Et ?
~ Si tu brandis ton arme face à ton frère Corax, lors d’une bataille que tu ne peux gagner, il est presque certain que tu meures.

Lorgar rit en entendant toutes ces absurdités.

– Tu ne peux m’offrir de choix que je n’aurai pas à faire avant plusieurs années.

Le démon cracha alors qu’il grogna :

~ Dans ce cas, ne pose pas de questions au sujet du futur, fou.

Lorgar n’avait pas de réponse à ça, bien que le ton du démon l’amusa.

– Où sommes-nous ? Shanriatha à nouveau ?
~ Oui. Shanriatha. Le passé ou le présent, peut-être un avenir possible. Je ne puis le dire.
– Mais l’air n’est pas aussi froid que le vide, ici.
~ Le Warp change toute chose, dans le temps.

Le démon s’interrompit, semblant faiblir.

~ Lorgar. Tu dois être conscient de la tâche qui t’incombe. Je ne peux rester incarné encore longtemps, alors entends mes paroles maintenant. Durant la Grande Croisade de l’Empereur, tu parcourras de nombreux mondes. Ceux peuplés par les races aliens ne te sont d’aucune utilité. Pendant les cinquante prochaines années, laisses tes frères Primarques les purger. Tu as un devoir plus solennel.
Trouve les mondes riches en vie humaine. Trouve ceux qui peuvent abreuver tes armées, avec le moins de déviation génétique possible. Ta Légion est forte de cent-mille guerriers. Durant les cinq prochaines décennies, tu dois ajouter un millier de combattants chaque année. Pour chaque Légionnaire tombé, tu devras réapprovisionner tes Word Bearers avec deux de plus.

Il secoua la tête, regardant toujours la mer de dunes devant lui.

– Pourquoi m’avoir ramené ici ? Quelle est la leçon ?
~ Il n’y en a pas. Je t’ai arraché de la tour de Magnus par la force pure, pas par fourberie. Il n’était pas dans mes intentions de te montrer ceci de nouveau. Quelque chose d’autre t’y a amené. Quelque chose de très puissant.

Lorgar frissonna en entendant le ton de la créature.

– Explique-toi.

Même avec son visage sanglant et loin de toute humanité, les yeux inutiles d’Ingethel s’écarquillèrent avec quelque chose qui n’était pas loin de la peur.

~ Tu ne croyais tout de même pas que même en tant qu’élu du panthéon, tu pourrais quitter le royaume des Dieux sans avoir passé leurs épreuves ? Il était décidé que les Dieux éliraient un vizir et te l’enverraient, pour te juger.

Le Primarque prit son crozius, d’une main lente et modérée.

– Si tout se passe selon le plan établi, pourquoi trembles-tu de peur ?
~ Parce que les Dieux sont des êtres instables, Lorgar, et ce n’était pas du tout le plan. Un des Dieux a franchi la limite, et violé l’accord. Il doit vouloir te tester lui-même.

Lorgar déglutit.

– Je ne comprends pas. Quel Dieu ?

Il n’entendit pas de réponse. Le hurlement psychique d’Ingethel le traversa comme une lame. Pour la première fois depuis que la vierge de Cadia était devenue son guide démoniaque, il entendit la fille à l’intérieur de la créature.

Elle criait également.



NEUF
LE NON-LIÉ

LE SON SE fit entendre, comme une promesse d’orage. Lorgar leva les yeux au moment même où les cieux torturés devinrent noir.

Une gargouille jeta son ombre sur les nuages, soufflant l’air vers le bas avec ses ailes. Il la vit descendre en une spirale sans aucune grâce, mais, malgré ses systèmes optiques qui luttaient pour effacer l’aspect graisseux de l’espace Warp, il ne put vraiment détailler la créature.

Cela percuta le sol à une centaine de mètres de lui, faisant voler une tornade de sable. Le sol trembla sous les pieds de Lorgar ; les stabilisateurs dans ses genoux blindés vrombirent et cliquetèrent pour compenser le puissant tremblement de terre.

Ses ailes se redressèrent les premières – immenses, bestiales et noires, la membrane entre les muscles et les os aussi épaisse que du vieux cuir, parsemée de toiles de veines palpitante. Une fourrure balafrée couvrait la plus grosse partie de son corps, et sa musculature puissante était encastrée dans un grand plastron de bronze. Sa tête cornée défiait toute description – pour Lorgar, c’était la représentation parfaite des traits malicieux du plus grand esprit diabolique de l’Ancienne Terra, le Seytan, vu dans certains des plus vieux parchemins. La chose était plus grande que n’importe quel mortel, les défiant de sa hauteur, telle un colosse. Ses poings, chacun aussi gros qu’un Légionnaire, tenaient deux armes : la première, un fouet qui semblait frétiller de sa propre initiative, claquant au-dessus du sable ; l’autre, une immense hache d’airain, sa surface incrustée d’écritures runiques.

Cela sortit du cratère, la surface du monde tremblant à chaque fois que ses sabots protégés de métal touchaient le sol.

Les réticules de visée et les lignes de données biologiques qui tapissaient l’affichage rétinien de Lorgar n’apportait rien. À un moment, ils affichaient des lignes de texte dans un langage que Lorgar n’avait jamais vu de sa vie. Le moment suivant, ils lui disaient que rien ne se trouvait devant lui.

Quand il parla, sa voix était une exhalation à peine audible, grinçant à travers le micro-vox de son heaume.

– Au nom de mon père, qu’est-ce que ceci…

Ingethel s’était éloigné pendant que Lorgar était cloué sur place, mais il entendait toujours sa voix. Recroquevillé sur lui-même, des fluides s’échappant de tous les orifices de son crâne, le démon envoya un message psychique d’une grande faiblesse.

~ Le Gardien du Trône de Crânes. Le Porteur de Mort. Le Seigneur des Buveurs de Sang. Le Premier des Enfants de Kharnath. L’Avatar Vivant de la Guerre. Dans le monde mortel, il sera connu sous le nom d’An’ggrath le Non-Lié.
C’est le champion révéré du Dieu du Sang, Lorgar. Et il est venu te tuer.

Il ouvrit la bouche pour répondre, mais tout son fut emporté lorsque la créature hurla, déchainant une véritable tempête. Le cri était assez fort pour faire court-circuiter les systèmes électroniques dans le casque du Primarque, dont les yeux et oreilles furent saturés de neige et de bruit blanc. Lorgar retira le heaume, choisissant de respirait l’air rare plutôt que de se battre sourd et aveugle.

Ses poumons réagirent immédiatement, se serrant comme des cœurs jumeaux dans sa poitrine. Le casque gris granite tomba dans le sables près de ses bottes. La peur ne l’étreignait pas, pas de la manière qu’elle s’emparait des mortels. Il ne craignait que l’échec. Il frissonna d’irritation, le fait que les Dieux aient choisis de le tester de cette manière. Après tout ce qu’il avait enduré. Après avoir été la seule âme à chercher la vérité.

Et maintenant, ça.

Lorgar leva sa masse d’arme, activant le générateur sur le manche. Un bouclier d’énergie apparut autours de l’orbe parsemé de pointes, sifflant et crachant au contact du vent. Des étincelles jaillissaient des piques de métal, comme une pluie halogène.

Le démon s’approchait lourdement, pas à pas.

~ Cela ne faisait pas partie du Grand Plan. Tu n’es pas un duelliste comme le Lion. Tu n’es pas un lutteur comme Russ. Tu n’es pas un combattant comme Angron, ni un guerrier comme le Khan. Tu n’es pas un soldat comme Dorn, ni un tueur comme Curze.
– Silence, Ingethel.
~ Kharnath a violé l’accord. Kharnath a violé l’accord. Kharnath a v…
– Je t’ai dit de te taire, créature.

La créature ailée rugit de nouveau, sa gueule garnie de crocs grande ouverte, et les veines sur son cou aussi épaisses que la cuisse d’un homme. Même penché contre la rafale de vent, Lorgar fut repoussé du plusieurs mètres, dérapant sur le gravier. Le Primarque soupira une litanie Colchisienne, et, alors que le vent puant se calmait, répondit d’un cri puissant.

Avant que le bon sens ne reprenne contrôle de ses membres, il chargea, ses bottes battant le sable rouge, son crozius tenu à deux mains.

LE PREMIER COUP frappa avec la force d’une canonnière tombant du ciel, et avec un impact au volume similaire. La lame tranchante rencontra la masse dorée, les deux armes se percutant et se bloquant rapidement. Des éclairs jaillirent des coudes blindés de Lorgar, les servo-muscles succombant à la surcharge. Mais il réussit. Il avait bloqué le premier coup. Comme une représailles à la présence même du monstre, le crozius engloba le tranchant de la hache d’arcs électriques. Avec un cri qui aurait fait pâlir un carnosaure préhistorique, le Primarque rejeta la hache du Buveur de Sang d’un coup montant, et rabattit son marteau de guerre en un coup descendant, l’écrasant sur le genou de la créature.

Au moment du contact, plus rapidement qu’aucune réaction humaine n’aurait pu le contrer, le champ énergétique de l’arme protesta contre le traitement cinétique et explosa violemment. Quelque chose dans la jambe du démon craqua, pareil à un arbre humide se brisant et s’abattant.

Premier sang. Lorgar se repliait déjà, trébuchant sur le sable, quand le fouet trouva sa gorge. Les pointes acérées le serrèrent fermement, changeant le simple fait d’essayer de respirer en une impossibilité totale.

Au milieu de la brume de panique, il vit la créature abattue sur un genou, ses jambes de taureau pliée de manière soumise. Le premier coup du Primarque l’avait presque rendu infirme. Il aurait exulté s’il avait pu respirer. Au lieu de cela, il tomba à genoux, griffant l’arme serpentine qui encerclait ses épaules et sa gorge. Un de ses bras était bloqué contre son torse par le fouet. L’autre se serrait et tirait, essayant l’enlever la lanière dans un nuage de joints déchirés. Pendant un court instant parcouru de sang, il se remémora une peinture dans le palais de son père : un travail à l’huile qui avait été restauré, représentant un marin océanique – lorsque Terra possédait encore de si grande étendues d’eau – étranglé par un monstre aquatique nommé le krahkan.

Lorgar entendit les ailes du Buveur de Sang cliqueter, sentit la force du vent lorsqu’elles se remirent à battre. Un autre moment acide de panique le saisit : le démon cherchait à décollé, et l’emmener dans le ciel avec lui. Il s’enfonça de lui-même dans la prise du fouet, cherchant à prendre son crozius que son poing serré contre son torse tenait. Le fouet se resserra autour de son cou, libéré de toute résistance. Alors qu’il était trainé sur le sable vers le démon, Lorgar envoya sa masse d’une seule main, en un cri étranglé et avec ses dernières forces.

La masse percuta le visage du Buveur de Sang, produisant un son visqueux, les os craquant sous le cou, coupant court au cri qui avait pris forme dans les poumons de la bête. Des crocs tombèrent sur l’armure du Primarque en une grêle d’email décoloré. L’un d’eux lui entailla la joue, pareil à une stalactite tombant du plafond. S’il avait pu respirer, il aurait ri, mais s’échapper de l’étau du fouet suffit amplement.

Les trois premiers pas de Lorgar le conduisirent à son crozius. Ses doigts endoloris saisirent le manche du marteau et il raffermit sa prise. Il se tourna à temps pour voir un visage couvert de sang et de bave ayant giclé de la gueule fracassée du démon. Il en reçut sur le visage, et le liquide lui picota la peau, et il s’essuya. Le reste dévora la peinture de son armure, sifflant et produisant une légère fumée.

– Finissons-en, dit-il en montrant les dents, inconscient que sa propre expression reflétait celle du démon.

Étonnamment, une réponse se fraya un chemin à travers la mâchoire brisée et la collection de dents cassée de la chose. La voix semblait provenir du tonnerre au-dessus.

~ Toute la force dans la chair. Et l’amère caresse. Et le goût du sang sur ma langue.

Il connaissait ces mots. Il les connaissait bien.

Peut-être la bête les avait utilisés pour le distraire. Peut-être n’était-ce que pure moquerie de la part d’un dieu. Quoiqu’il en fût, Lorgar accueillit l’attaque suivante en riant. La hache du Buveur de Sang rencontra violemment la masse virevoltante. Une des armes se fracassa comme les dents du démon. Des débris de métal brûlèrent dans l’air, papillonnant d’un feu magique blanchâtre, avant de s’écraser sur le sol.

Lorgar s’avança, sa masse toujours levée.

– Tu me cites les mots des parchemins sacrés de mon propre monde ? Cet instant est-il supposé être une leçon ? Lui aussi ?

Les ailes du démon s’étendirent de toute leur envergure, assombrissant les alentours. Une odeur fétide et épicée de viande pourrie émanait des ailes. Ce n’était pas fini. Pas même près de l’être. Le démon n’avait pas besoin de hache quand il avait de telles griffes. Il n’avait pas besoin de marcher quand il possédait de si grandes ailes.
Mais il saignait désormais, et l’inquiétude de Lorgar avait disparu depuis longtemps, soufflé dans le vent. Il ne craignait pas la chose. Chaque croc brisé clamait son triomphe, de même que chaque goutte de sang dégoulinant de ses gencives noires et chaque craquement émanant de son genou brisé.

– Je ne mourrai pas ici, promit le Primarque au démon.

La réponse du Buveur de Sang fut un nouveau rugissement. Cette fois, cela projeta le Primarque, l’envoyant rebondir sur le sol. Des piques de douleur lui percèrent la poitrine. Même la tenue en fibre ne parvint pas à empêcher les os de se briser. Il s’écrasa sur un rocher et retomba au sol. Alors qu’il se relevait sur ses jambes, il aperçut Ingethel – un ver ondulant sur le sable.

– Aides moi, espèce de chienne ! dit-il d’une voix rendue faible par ses côtes brisées.

Ingethel s’enfuit en ondulant, riant de peur, laissant une trace humide sur le sable rouge.

– Tu seras la suivante, soupira Lorgar.

Ça aussi était une promesse.

Mais Ingethel pouvait attendre. Du pouce, il ramena son crozius à la vie, juste à temps pour à nouveau se retrouver dans l’ombre.

Des booms soniques retentirent dans l’air à chaque coup de fouet. Chaque impact provoquait des ravins dans le sable – des canyons que Lorgar évitait en roulant sur le sol, tout en esquivant chaque coup. Respirer provoquait une douleur renouvelée dans ses os cassés. Chaque inhalation était une épreuve dans l’air raréfié.

Une nouvelle fissure apparut dans le sable rocailleux alors qu’il se jetait de côté pour éviter le fouet. L’arme heurta le sol avec un bruit foudroyant, l’envoyant de nouveau trébucher, les stabilisateurs de son armure incapable de compenser sa perte d’équilibre. L’immense main du démon, privée de sa hache, chercha à saisir le Primarque à terre, et Lorgar réagit par pur instinct. Il leva sa main à la rencontre de la poigne de fer qui descendait vers lui, ne se souciant guère du fait que ses yeux brûlaient et dégoulinaient de feu psychique. Le grand poing rouge s’écrasa contre une barrière psychique, les phalanges craquant comme des gravillons.

Lorgar frappa. Le crozius chanta sa mélodie tempétueuse, percutant les serres recourbées et pulvérisant les os de fer noir sous la chair. Du sang gicla de la peau déchirée, s’étalant en gouttelettes de bronze fondu sur les gantelets et la cuirasse du Primarque.

Le fouet riposta, tel un serpent, vicieux. Il s’enroula autour de son bras et de son crozius, ses barbelés mordant et griffant. Lorgar chancela, les joints de son armure protestant contre les mouvements soudains et brusque alors que le démon blessé l’attirait à lui. Son haleine l’atteignit à nouveau, rance, même si le démon ne cria pas, cette fois. Il en avait fini avec de telles démonstrations ; alors que Lorgar se penchait en arrière, ses bottes glissant sur le sol sablonneux, il pouvait clairement voir les intentions de la bête. Ses mâchoires s’ouvraient déjà, offrant comme arme des crocs brisés là où une hache et un fouet avaient échoué.

Par le passé, le Primarque avait imaginé sa mort plus souvent qu’il ne voulait bien l’admettre – se demandant si cela se passerait dans le froid d’une lointaine bataille sidérale, ou dans la chaleur brûlante d’une lame plantée dans son dos. Malgré leur immortalité vantée aux quatre coins de la galaxie, malgré l’invulnérabilité inscrite dans leurs os, les Primarques étaient toujours des êtres de chair et de sang. Un des mots d’esprit d’Angron, dit avec dédain, lui revenait en mémoire lors de ces moments où Lorgar repensait à la mortalité : si quelque chose saignait, cela pouvait être tué.
Tout saigne, Lorgar. Les mots de son frère ressurgirent du passé, même si des années s’étaient écoulées depuis la première fois où ils avaient été prononcés. Les tanks saignaient du carburant et du liquide de refroidissement. Les aliens saignaient du sang et de l’ichor. Angron avait toujours essayé d’appliquer sa logique froide et torturée au conflit de chaque champ de bataille sur lequel il s’était tenu.

Lorgar tira dans le sens inverse, ne réussissant qu’à enfoncer le fouet plus profondément. La main fracassée et maladroite du démon s’approcha de son torse, et le Primarque frappa du pied, mutilant encore plus le gros pouce.

Avec un rugissement, le démon le leva dans les airs. Dans le temps qu’il faut pour proférer une malédiction, la bête referma ses mâchoires sur son bras libre, les incisives craquelées grinçant sur la céramite. Du bronze en fusion s’écoula des gencives noires de la créature.

Il n’était pas habitué à la douleur – du moins pas à l’agonie physique. La pression qui broyait son bras était incomparable à tout ce qu’il avait pu ressentir. La céramite se brisa en fragments métalliques, menaçant l’intégrité de son armure scellée. Quelque chose dans son coude cliqueta, fut broyé puis se cassa complétement. Le poing au bout de son bras se détendit complétement, ses doigts s’engourdirent, n’obéissant plus aux impulsions de son esprit.

Dans une fureur que même son frère Angron aurait admirée, le Primarque libéra son crozius avec un cri. La tête du marteau percuta la tempe du Buveur de Sang dans une cacophonie d’os brisés, fracassant sa joue, son œil, et l’articulation de sa mâchoire. La prise se détendit immédiatement, laissant tomber le Primarque sur le sable.
L’atterrissage fut rude, et il épargna les plus gros dommages à son bras blessé, mais il garda une prise ferme sur sa masse énergétique. En effectuant une roulade entre les sabots de la bête, Lorgar frappa l’autre jambe de la créature, envoyant un puissant coup juste derrière le genou. Cette fois, le craquement d’os brisés parvint à le faire sourire malgré sa propre douleur.

Le Buveur de Sang mugit lors de sa chute et s’effondra, mutilé, sur le sable. Des jambes inutiles s’étirèrent derrière lui. Avant que les ailes ne puissent ne serait-ce que battre par deux fois, Lorgar escalada son dos, ses bottes se plantant fermement dans le cuir, et frappa une unique fois au niveau de l’épine dorsale saillante. Un nouveau craquement tectonique retentit, signalant que la colonne vertébrale du démon avait finalement cédé. Une aile cessa ses ignobles battements, s’étalant sur le sable, parcourue de spasme.

Le Primarque brisa les poings qui essayèrent de l’atteindre, déformant les doigts, les rendant totalement inutiles. Alors seulement, il se déplaça pour faire face au monstre, son regard rencontrant ses yeux fiévreux et injectés de sang. Le sang s’écoulant de sa gueule était déjà en train de geler sur le sable, fusionnant sa mâchoire au sol.

Un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres lorsqu’il demanda à la créature :

– Quelle leçon tires-tu de cela ?

Le démon lui siffla au visage, presque idiot comme une bête, si l’on exceptait la conscience enragée qui flottait dans ses yeux. Même mutilé et brisé, il cherchait à ramper vers lui, comme si la vie même du Primarque était une insulte.

– La rage qui n’est pas maitrisée n’est pas une arme, dit Lorgar en levant son crozius. Emmène cette leçon au Dieu du Sang.

Pour la seconde fois, le marteau frappa, détruisant l’essence incarnée d’un dieu.



DIX
ORACLE


TRENTE SECONDE PLUS tard, Lorgar s’écroula sur le sol, seul.

Il ne sentit pas le crozius échapper à ses doigts engourdis. Il ne sentit rien d’autre que l’air qui entrait et s’échappait de son corps blessé. Par instinct, il rapprocha ses os brisés de son ventre, se courbant dans une position fœtale, comme en écho au temps où il gisait dans la capsule de survie génétique dans laquelle il avait été conçu.

Il sentait le goût du sang. Son propre sang. Comme il était différent de cette pisse chimique qui coulait dans les veines des Légionnaires, ou le métal en fusion du démon abattu.

~ L’air est trop rare.

Dans son délire, ses propres pensées lui vinrent avec la voix d’Ingethel.

~ Et mes poumons sont transpercés par mes côtes.

Il resta allongé ainsi un moment, luttant pour rester en vie, inspirant un air vicié par le sang dans ses faibles poumons.

Le démon mourut de la même façon insensée que tant d’autres créatures éthérées dans ce royaume hanté. Le Primarque n’avait aucune idée de ce qu’il était advenu d’Ingethel. Il vérifierait bientôt. Pas maintenant. Bientôt. Il… il devait…

– C’en est fini avec les tests, fils de l’Anathème, dit une voix.
– Un dernier test, fils de l’Anathème, dit une autre, similaire à la première.

C’était comme si le timbre de la voix avait été légèrement abîmé par une sorte de clonage.

Le Primarque se redressa, clignant de ses yeux injectés de sang, et regarda une nouvelle silhouette ailée. Celle-ci avait une forme grotesque de créature aviaire, avec deux ailes infectes et deux têtes de vautour. Même si la chose aurait dominé un homme mortel par sa taille, elle était une chose tordue et décrépite par les normes démoniaques, plus proche de la taille de Ingethel.

– Je suis celui envoyé pour te juger, dirent les deux têtes en même temps.
– Je suis fatigué d’être jugé, dit le Primarque en restant allongé dans le sable en riant, même s’il ne voyait pas ce qu’il y avait de drôle à tout cela.
– J’apporte l’espoir d’une dernière vérité, dit l’une des têtes en un croassement.
– J’apporte le dernier mensonge que tu entendras, dit l’autre, aussi sincèrement que la première.

Aucune trace d’amusement n’était visible dans les quatre yeux noirs.

– J’en ai fini avec tout ceci, grogna le Primarque.

Même le fait de se relever était une épreuve. Il pouvait sentir ses os crisser les uns contre les autres, tels des pièces d’un puzzle qui n’étaient plus à leur place.

– C’est, parvint-il à souffler, déplaisant.
– Lorgar, dit la tête de droite.
– Aurelian, dit celle de gauche.

Il ne leur répondit pas. Boitant, il alla chercher son crozius dans le sable. Son champ énergétique avait changé le sol en du verre noir. Lorsqu’il le leva, il n’avait jamais semblé si lourd.

– Ingethel, soupira Lorgar. J’en ai fini avec ceci. J’ai appris tout ce que j’avais à apprendre. Je retourne à mon vaisseau.

Il n’y eu pas de réponse. Ingethel n’était pas là. Le paysage désolé n’offrait aucune chance de déterminer la direction à prendre.

Il se retourna vers la créature bicéphale.

– Laisse-moi aller, ou je te détruirai comme j’ai détruit l’autre.

Les deux têtes flétries montrèrent qu’elles avaient compris.

– Si tu as pu bannir le Non-Lié, tu pourrais facilement me bannir, dit la première.
– Ou peut-être suis-je plus que ce que ne semble être, siffla la seconde. Peut-être es-tu faible et peut-être que tu t’écroulerais devant ma sorcellerie.

Lorgar secoua la tête, cherchant à dompter ses pulsions. L’air était douloureusement rare que penser lui était difficile.

– Je t’apporte un choix, Lorgar, dirent les deux têtes en partageant les mêmes yeux humides.

Il boita jusqu’à son heaume, le soulevant du sol et le secouant pour en enlever le sable. Les deux lentilles étaient fêlées.

– Parles, alors.

Les ailes du démon frémirent. Elles étaient rabougries, de simples vestiges – Lorgar doutait que la chose puisse voler. Pas étonnant que la chose soit ratatinée sur le sol, s’appuyant sur son sceptre d’os comme sur une béquille.

– Je suis Kairos, dirent les têtes. Le royaume mortel me connaitra sous un autre nom. Le Tisseur de Destin.

Le désir de Lorgar de montrer son respect pour les agents des dieux s’était estompé. Ses mots sortirent d’entre ses dents serrées :

– Viens-en au fait.
– Le futur n’est pas totalement sujet à des changements, dirent les têtes, leurs traits creusés par l’effort, comme si parler leur était difficile. Les confrontations sont certaines. Viendra un temps où la guerre éclateras dans l’Imperium des hommes, et tu feras une nouvelle fois face au frère que tu méprises.

Les yeux sereins de Lorgar devinrent froids.

– Je ne méprise pas m…
– Tu ne peux me mentir, dit une tête.
– Et si tu essayes, je verrai toujours la vérité, dit l’autre.

Le Primarque se força à hocher la tête avant de remettre son casque. Il fallut un moment aux lentilles craquelées pour se focaliser. Étrangement il ne voyait pas le démon à travers sa lentille gauche, seulement l’horizon derrière. De son œil droit, il voyait le démon qui était assis devant lui.

– Viens-en au fait, gronda-t-il.

Trois de ses dents étaient brisées et saignaient.

– Cela arrivera à Calth, dit la tête de droite.
– Ou cela arrivera, mais pas à Calth, ajouta celle de gauche sans vouloir s’opposer à la première.

Lorgar sentait toujours je goût du sang sur sa langue. Ses yeux pleuraient d’eux-mêmes, et il se doutait bien que la douleur dans son nez signifiait qu’il faudrait lui réparer l’arrête nasale.

– Qu’est-ce qui arrivera ?
– Tu affronteras Guilliman, croassèrent les deux têtes à l’unisson. Et tu le tueras.

Lorgar hésita. Considérer ce fait était, vraiment, hors de sa portée. Même s’il n’y avait aucun moyen d’éviter la croisade à venir, fallait-il obligatoirement que cela se manifeste par un fratricide ?

Son égoïsme le surprit. Il secoua la tête et considéra l’autre face de la pièce. Le fratricide était-il pire que le génocide ? Les pertes humaines seraient immenses des deux côtés de l’Imperium divisé, parmi les croyants et parmi les ignorants.

Il devait se concentrer.

– Continues.
– Je suis Kairos, Oracle de Tzeentch, dirent les têtes. Je suis tenu de toujours dire une vérité et un mensonge.

La créature fit cliqueter ses ailes flétries. Des plumes bleu-noir, la couleur des hématomes, tombèrent au sol.

– Mais c’est un moment d’une grande divinité, continuèrent-elles. Un nexus de possibilités. Un point d’appui. Les Grands Dieux m’ont obligé à ne dire que la vérité, en cet instant mémorable. Je suis tenu de me tenir devant l’élu du Panthéon d’offrir un choix. Maintenant, et plus jamais ensuite, je peux parler avec un esprit. Pas de mensonges. Pas de mots trompeurs sortant d’une bouche et de vérités de l’autre. Ceci, maintenant, est trop important. Les Dieux sont tous d’accord pour la première fois depuis une éternité.
– Et le Non-Lié ?

Les deux têtes regardèrent Lorgar de leurs yeux impassibles qui ne cillaient jamais.

– Kharnath a violé l’accord. Mais le Dieu du Sang y est toujours lié. Toujours tenu par son serment. Le panthéon des cieux est semblable au panthéon de ton espèce. Ils guerroient parmi eux, tout comme tu guerroieras contre tes frères. L’existence est un combat.
– Combattre, c’est vivre, dit la seconde tête.

Cette pensé glaça le sang de Lorgar. Une convocation de dieux en guerre.

– Je comprends.
– Non, tue ne comprends pas, dit la première tête.
– Mais tu comprendras, acquiesça l’autre. Dans les décennies à venir.
– J’amène un choix, ajouta la première. Confronte Guilliman et tus-le.
– Ou laisses-le vivre, finis la seconde. Et goûtes à la honte de la défaite.

Lorgar voulut rire, mais le sentiment de mal être qui le cernait fit refluer son amusement.

– En quoi est-ce un choix ?
– À cause de Calth, répondirent les têtes.

L’une des deux pleurait silencieusement, désormais, et l’autre grimaçait avec une malice d’oiseau. Un oiseau pouvait-il grimacer ? De toute façon, celui-là pouvait. Lorgar ne put que l’observer.

– Tu dois choisir si tu marcheras sur le chemin de la gloire personnelle ou sur celui de la destinée divine, dit la première tête.

La seconde parla à travers ses larmes cristallines :

– Tu dois choisir si tu te tiendras parmi tes frères en égal, avec la vengeance comme but, ou si tu travailleras au nom des Dieux, souffrant la honte pour une victoire plus grande.
– Je ne suis pas un homme vaniteux, dit Lorgar en sentant ses côtes casser se réunissaient sous son armure et sa chair. Je cherche l’illumination pour mon espèce, pas l’autoglorification.
– Tu termineras cette guerre avec de nombreuses cicatrices, dit la première tête en se baissant en signe de respect.
– Ou bien tu la termineras mort, nota la seconde. D’une façon ou de mille autres.
– Viens-en, dit Lorgar à travers ses dents serrées, au fait, créature.
– Calth, commença la première. Il te sera donné une chance – et une seule chance – de verser le sang de Guilliman. Cela est écrit dans les étoiles, de la main-même des Dieux. Si tu le confrontes à Calth, tu le tueras.
– Mais tu perdras la guerre, dit la seconde. Tu gagneras le respect de tes frères ainsi que leur crainte. Tu savoureras ta vengeance. Mais ta guerre sainte échouera. Les défenses de l’Empereur seront renforcées par trop de défenseurs, attirés ici par événements qui n’auraient autrement pas eu lieu. Tu n’atteindras peut-être jamais Terra.

Lorgar se détourna du démon, secouant la tête en écoutant leur offre. Telles des ailes ravagées, les restes de sa cape claquèrent dans la brise.

– Est-ce une prophétie ? demanda-t-il. Si j’affronte Guilliman, je suis destiné à l’emporter, mais je perdrai tout ce que je cherchais à accomplir.

La première tête du démon cracha du sang. Alors qu’elle toussait, la seconde parla :

– C’est une prophétie. Tu ne seras pas toujours le perdu, Lorgar – le plus faible de tes frères. Tu trouveras la force dans ta foi. Tu trouveras le feu et la passion, et tu deviendras l’âme que tu étais destiné à être à ta naissance. C’est pourquoi Guilliman mourra à tes pieds, si tu décides qu’il en soit ainsi. Combats à Calth et tu termineras cette bataille avec son sang sur le visage. Tu désires ce triomphe temporel, et il pourrait être tien.

La première tête convulsa soudainement, le regardant avec ses yeux d’oiseau.

– Mais le prix est élevé. Pour que ce futur se réalise, tu devras être à Calth, au lieu de l’endroit où ton espèce a le plus besoin de toi en cette heure. Si tu fais face à ton frère Guilliman, si tu choisis l’honneur humain plutôt que le destin de ton espèce, tu le tueras. Mais en faisant cela, tu échoueras à arracher l’Humanité à son ignorance.

– Je le répète, dit Lorgar. Ce n’est pas un choix.

Les deux têtes rirent.

– Vraiment ? Tu es humain, que tu te l’avoues ou non. Tu es esclave d’émotions mortelles. Les Primarques sont loin de la perfection humaine, malgré leur puissance individuelle.
– Viendra un temps, sourit la première tête, l’air amusée. Viendra un temps où ta fierté et ta passion demanderont que tu détruises le Roi-Guerrier d’Ultramar.

La seconde acquiesça.

– Mais considère ce que cela apportera, fils de l’Empereur. Un moment de gloire personnelle, qui prouvera à tes frères que tu es ascendant parmi eux… ou bien paver la route pour le futur de ton espèce. Tous les prophètes font des sacrifices, n’est-ce pas ? Cela sera le tien.
– Si tu vis assez longtemps pour avoir à le faire, finit la première.

Lorgar resta muet un moment. Il écouta le vent jouer avec sa cape dévastée et les plumes flétries des ailes du démon.

– Montres-moi, dit-il d’une voix douce.


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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Jeu 11 Oct - 15:08

LE VAISSEAU BRÛLAIT.

Sur le pont, autour de lui, gisaient une centaine de mortels morts et d’Ultramarines tués. Les murs du strategium tremblèrent sous la pression de l’air qui abreuva les flammes qui faisaient rage sur l’intégralité du pont. Des trônes étaient en flammes. Le feu avait déjà incinéré ceux qui étaient tombés pendant les dernières minutes.
Lorgar se vit au cœur du brasier, le crozius au creux de son gantelet. L’image portait une armure rouge, en écho à celle des Word Bearers à la Porte de l’Éternité, et jeta sa masse de côté dans un geste de colère. Quelle que soit la bataille à laquelle il avait pris part avait prélevé son dû sur lui ; son image se tenait dans une armure craquelée, son visage noirci par des brûlures.

– Pour Monarchia ! cria l’image de Lorgar à travers des gencives sanguinolentes et des lèvres déchirées. Pour m’avoir regardé m’agenouiller dans la cendre de mes nombreux échecs.

Au début, Lorgar ne put comprendre à qui son image s’adressait. Puis, Guilliman chancela d’entre les flammes, grimaçant et empreint d’une majesté blessée. Son silence était signe de défiance, même si son armure était noircie en une ruine enflammée, et le Seigneur de Maccrage dégaina un gladius. Son heaume avait disparu, laissant à nu un visage qui restait stoïque malgré un crâne enfoncé. Un de ses bras n’était plus là, se terminant au coude. De sang coulait à flot d’entre les joints de son armure. Sa cape blanche était la proie des flammes.

L’image de Lorgar pointa sa main en avant. Une énergie psychique, si intensément dorée qu’elle aveuglait quiconque la regardait, couronna sa tête comme un halo portant trois cornes aethériques. Une vague d’énergie invisible frappa le souverain Ultramarine, le projetant de nouveau dans le feu et contre le mur derrière.

Guilliman s’écrasa sur le pont, tel une marionnette tremblante à laquelle on aurait arraché les ficelles. Puis, avec la main qu’il lui restait, il prit une nouvelle fois le gladius.

Lorgar écrasa la main sous sa botte cramoisie.

– Ceci, mon frère, est pour toutes les vies perdues au nom d’un mensonge.

Lorgar saisit le Seigneur de Maccrage par la gorge, le fracassant une nouvelle fois contre le mur alors qu’il l’étranglait.

– Tes flottes brûlent. Ton royaume astral sera le suivant.

Guilliman réussit à sourire.


***


LORGAR SE TOURNA vers le démon à deux têtes une nouvelle fois.

– Je dois en voir plus, dit-il.
– Tu as vu tout ce que tu avais à voir, dirent les deux têtes en chœur.
– Je ne comprends pas. À la fin, il semblait amusé.

Le Primarque tressaillit lorsque son cœur cogna contre ses côtes cassées.

– Comment cela se peut-il ?

Mais il savait. Du moins, il pouvait deviner. Il avait déjà vu cet air dans les yeux froid de seigneur de guerre de Guilliman. Pas de la colère. Pas de la fureur. De la déception, allant presque jusqu’à de l’incrédulité. Qu’as-tu fais de mal, cette fois ? L’accusation lui vint avec la voix sèche et solennelle de Guilliman, comme si elle venait de leur père lui-même. Qu’as-tu ruiné, cette fois ? Quelles vies ont été perdues à cause de ta folie ?

Les lèvres de Lorgar dévoilèrent ses dents.

– Il savait quelque chose. Alors même qu’il mourrait, il savait quelque chose.
– Il te hait, dit la première tête du démon. Il était amusé de voir qu’il avait eu raison à ton sujet. Que tu étais, comme il l’avait toujours suspecté, un traitre en attente.

La seconde tête montra son désaccord.

– Non, il ne t’a jamais détesté, Lorgar. Tu as toujours imaginé sa haine. Il ne te respecte pas, car vous êtes trop différents pour trouver un terrain d’entente, mais ton imagination a toujours été la source de l’animosité entre vous.

Le Primarque jura.

– Lequel de vous deux dit la vérité ?
– Moi, dirent les deux en même temps.

Lorgar jura à nouveau.

– Assez. Dîtes-moi alors, si je ne suis pas à Calth, où je devrais être ? Quel chemin dois-je prendre pour illuminer mon peuple ?
– Je ne suis pas ton voyant, fils de l’Empereur, râla la première tête. Je t’ai donné le choix. Tu le feras en temps et en heure.
– Si, dit la seconde de la même voix, tu vis assez longtemps.

La créature écarta ses ailes.

– Attendez ! s’écria Lorgar.

Elle n’attendit pas.

– Tout sera décidé dans l’Ultima Segmentum, Lorgar. Vengeance ou vision. Gloire ou vérité.

Le Primarque leva ses mains pour demander plus de temps, mais le démon était parti dans le temps qu’il lui fallut pour cligner des yeux.


IL TROUVA SA proie enroulée sur elle-même, courbée en une parodie grotesque de gestation reptilienne.

Mais toute sa rage s’était éteinte. Il ne pouvait s’empêcher de voir la jeune shaman vierge qui avait vendu son corps pour devenir cette chose. Pas pour la gloire ou le profit, mais pour la foi. Il doutait qu’elle existait encore dans l’esprit de la créature, mais l’idée même était suffisante pour apaiser sa haine.

– Ingethel, dit-il. Vis-tu ?

Ses doigts tremblèrent, plusieurs d’entre eux, sur ses quatre mains. Le ciel s’assombrissait. Avec la nuit vint le froid. Lorgar remit son casque fêlé, respirant profondément l’air recyclé du système interne de son armure.

– Ingethel, répéta-t-il.

Les os du démon craquèrent alors qu’il se relevait lentement.

~ Je vis. Plus pour longtemps. Mais pour l’instant, je vis.

Le démon tourna son visage monstrueux vers le sien. La cataracte occultait ses yeux abominables.

~ Tout est fait. Tu as été témoin de tout ce qu’il y avait à voir.
– Qu’est-ce qui y était vrai ? demanda Lorgar.
~ Tout, répondit le démon. Ou rien. Ou peut-être quelque chose entre les deux.

Lorgar acquiesça.

– Et si je désirais voir plus ? Tu m’as montré ce que les Dieux ont voulu que je vois. Maintenant, montres-moi ce que je désire voir.

Le démon rapprocha ses bras fins de son torse large et tacheté.

~ Cela est permis. Que souhaites-tu que je te montre, fils de l’Empereur ?

Il réfléchit un instant, cherchant les bons mots.

– J’ai vu ce que j’avais à faire pour assurer la victoire. J’ai vu le destin de la galaxie si les mensonges de l’Empereur n’étaient pas combattus. Désormais, je désire voyager sur d’autres mondes dans ce Grand Œil. Si c’est en effet le portail menant au paradis et à l’enfer des mythes humains, montres-moi plus. Montres-moi les possibilités de ces mondes muables. Montres-moi ce que le Warp peut offrir à l’Humanité, si nous acceptons cette fusion de la chair et de l’esprit.

~ Je peux faire tout cela, Lorgar. Comme tu le souhaites.

Le Primarque hésita.

– Et avant que je ne retourne à l’Imperium, il y a une chose que je dois voir par-dessus tout.
~ Nommes-la.

Lorgar sourit derrière son heaume sans expression.

– Montres-moi ce qui arrivera si nous perdons.


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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Jeu 11 Oct - 15:10

CINQUIÈME PARTIE
LA FIN DE LA CROISADE





ONZE
CONSEIL


Le Fidelitas Lex
Quatre jours après Isstvan V




MAGNUS RESTA SILENCIEUX pendant un long moment. Lorgar continua d’écrire, s’arrêtant uniquement pour tremper sa plume dans l’un de ses encriers. Le traditionnaliste en lui adorait la rusticité de Colchis ; il ne pouvait se défaire de l’idée que les Saintes Écritures ne pouvait être conservées sur des tablettes de données, sauf si aucun autre moyen ne se présentait. En vérité, il appréciait le fait d’enregistrer ses pensées et ses prières grâce à des lettres élégantes. Il y avait plus de beauté dans une telle création, et cela donnait à ses apôtres quelque chose à copier en son entier.

– Frère, dit finalement Magnus. Je me souviens avoir banni cette vision de ma tour. C’était il y a seulement quelques jours pour moi. Il est étrange de penser aux tours que peut nous jouer le temps, n’est-ce pas ?

Lorgar reposa enfin sa plume. Quand il se tourna vers Magnus, il y avait de l’amusement dans ses yeux, et quelque chose d’autre. Il fallut un moment à son frère pour voir de quoi il s’agissait réellement, pour vraiment comprendre ce qui était différent.

Peu de choses dans la galaxie pouvaient déstabiliser Magnus le Rouge, mais la vue de cette conviction absolue et brûlante qui gisait eu centre des yeux de Lorgar se révéla soudain en faire partie. Il avait vu ce regard autrefois, dans les yeux de fous, de prophètes et de fanatiques de races aliens ou sur d’autres mondes humains. Par-dessus tout, il l’avait vu dans les yeux de son père, l’Empereur, où il se joignait avec une affection patiente. Mais il ne l’avait jamais vu dans les yeux d’un frère – jamais dans les yeux d’un être qui commandait à suffisamment de puissance pour réorganiser la galaxie contre les codes de l’Imperium.

– La Grande Croisade est terminée, sourit Lorgar. La véritable guerre sainte commence maintenant.
– Affronteras-tu Guilliman ?

Le sourire de Lorgar persista, même s’il s’accompagna d’un air un peu plus chaleureux plutôt que cette saveur brûlante et indigeste de ferveur qu’il avait affiché plus tôt.

– Ma Légion partira pour le système de Calth dès que le conseil d’Horus prendra fin.

L’image de Magnus fluctua sous son propre malaise.

– Cela ne répond pas à ma question.
– Les Ultramarines doivent être brisés à Calth. Leur dos doit être brisé, pour qu’ils ne puissent se jeter sur Terra pour renforcer les défenses de notre père.

Magnus lutta pour comparer l’assurance ronflante des tactiques militaires et la voix douce de son frère le plus érudit. Tout cela semblait incongru, mais Lorgar n’avait jamais semblé plus complet que maintenant. Les regards furtifs et tendres, les hésitations avant de prendre la parole ; tout cela n’était plus.

Le duel avec Corax avait fait plus que lui laisser des cicatrices sur son visage et son cou.

– Cela ne répond toujours pas à ma question, nota Magnus.
– Ma flotte se divisera. Nous prendrons d’assaut tout l’Ultima Segmentum, car il y a plus à attaquer que le petit empire de Guilliman.
– Où ? Pourquoi ?

Le ricanement de Lorgar envoya des distorsions d’inconfort sur l’image de Magnus.

– Tu le sauras quand tu nous rejoindras totalement.

Un carillon retentit, suivi d’une voix calme et posée.

– Le Maitre de Guerre requiert votre présence, seigneur.

Lorgar se leva, n’allant pas prendre son arme cette fois.

– Merci, Erebus. Informe le Vengeful Spirit de mon arrivée immédiate.


CETTE FOIS, LA salle du conseil était presque vide. Lorgar congédia son escorte de guerriers, laissant à Kor Phaeron le soin de les mener. Il marcha jusqu’à la table centrale, seul, ne cachant pas son étonnement quant au manque de présence dans la chambre.

– Frères, salua-t-il Horus et Angron.

L’expression du Maitre de Guerre était une indication amère qu’il avait rejeté l’indulgente atmosphère fraternelle. Les sourcils froncés d’Angron montraient qu’il ne payait aucune attention à une telle notion de toute façon.

– Lorgar, lâcha simplement Horus à travers un sourire peu sincère.

Le demi-dieu charismatique adoré de ses suivants n’était plus. À la place se tenait la vérité, offerte par l’intimité : un frère de sang, au bord d’une colère noire.

– Je suis là comme tu l’as demandé, dit le Porteur de la Parole. Je vois que tu n’as aucun désir de discuter de Fulgrim.
– Tu as dit ce que tu avais à dire au sujet de notre frère adoré. Pour l’instant, de devras me faire confiance sur ce sujet.
– J’ai vu des horreurs et des vérités que tu commences à peine à imaginer, Horus, cracha Lorgar. C’est toi qui devrais me faire confiance.

Les traits du Maitre de Guerre étaient tendus et des veines bleues parcouraient son visage. Il ressemblait peu à lui-même ces dernières nuits.

– Je t’ai fait confiance, Lorgar. Regarde ce que nous avons fait dans ce système. Maintenant, il est temps que tu récompense ma confiance avec la tienne.
– Très bien. Mais où est "Fulgrim" ?
– Il est à la surface d’Isstvan V, il participe au retrait de sa Légion. Allons, assez de ces discussions. Nous avons un grand évènement à planifier.

Lorgar secoua la tête.

– Non. Nous avons assez planifié. Nous avons passé des mois, des années, à parler de plans. Il n’y a plus rien à dire. J’emmène ma Légion dans l’est galactique. Si tout se passe bien, je te rejoindrai pour la croisade sur Terra. Si la bataille tourne mal, je te rejoindrai avec moins de combattants.

Il termina ses assurances avec un sourire.

Angron regardait dans le vide, un peu plus loin, distrait par les pensées lancinantes de ses implants neuraux. Un tic occasionnel tendait ses muscles faciaux, mais il ne semblait pas prêter attention à la conversation.

Horus exhala lentement.

– Nous nous sommes souvent opposés sur ce sujet, et j’ai été un fou de laisser ton enthousiasme talonner ton imagination pendant si longtemps. Tu n’as pas assez de guerriers pour accomplir ce que tu prévoies.
– Et je te l’ai dit, frère, mes apôtres sont près à naviguer vers Ultramar. Nous avons fait un pacte avec les forces divines, ces mêmes puissances que tu cherches encore à comprendre. Des démons, Horus – de vrais démons, nés du Warp – répondront à notre appel. Les soutes de nos cargos sont remplies de loyaux mortels pris de la surface des mondes que nous avons conquis. La Dix-Septième Légion n’est pas restée oisive durant ces dernières années.

– Tu as besoin de Légionnaires, dit Horus en se penchant sur la table de cartographie stellaire, ses poings éclipsant les étoiles les plus distantes. Si tu divises la flotte Word Bearers comme tu le prévois, tu auras besoin de plus de Légionnaires.
Lorgar leva les mains en signe de reddition.

– Bien. Donne-les-moi. Donne-moi quelque unes de tes compagnies, et je les emmènerai avec moi à l’est.

– Je vais te donner plus que ça, dit Horus en désignant l’autre frère dans la chambre. Je vais te donner une autre Légion.

Angron tourna ses traits couturés de cicatrices vers Lorgar. Son sourire était la chose la plus laide que le prophète ait jamais vu.



DOUZE
CONTRE-MESURES


LE MONDE EMPESTAIT toujours la trahison. Son odeur fumée, épaisse et piquante restait lourdement dans l’atmosphère.

Mais ce n’était pas une surprise. La guerre civile qui diviserait l’Imperium avait commencé seulement quatre nuits auparavant. La plupart des Légions loyales à Horus étaient toujours engagées dans le processus de retrait de leurs forces jusqu’en orbite. Le bûcher qui marquait le lieu de repos ultime des dizaines de milliers de guerriers tombés était bien plus qu’une zone de sol brulé et couvert de cendre – c’était un signal cendreux, proclamant le renversement de l’oppresseur de l’Humanité. La terre noircie et les armures écorchées et ruinées de près de deux-cent-milles Légionnaires se tenaient au milieu d’un cimetière de tanks. Les machines de guerre encore capable d’être dépouillées l’étaient déjà par les Légions victorieuses. Les épaves au-delà de tout espoir de réparation étaient là où elles étaient tombées, laissées là pour y rouiller quand les rebelles seraient partis.

Le Capitaine Axalian de la Vingt-Neuvième Compagnie regardait ses guerriers progresser depuis le sommet de la coque d’un Land Raider de la Raven Guard. L’aquila se tenait toujours sur sa plaque pectorale, comme il était le droit de tout Emperor’s Children. Beaucoup de ses frères souillaient déjà le symbole impérial en altérant leur armure avec rien d’autre que leur propre lame et leur ingéniosité, mais lui préférait garder son équipement aussi pur que possible. L’emblème pouvait être retiré par des techno-adeptes une fois ses devoirs à la surface étaient accomplis. Jusque-là, il ne permettrait à rien d’abîmer la céramite qu’il avait miraculeusement réussi à préserver durant l’incroyable bataille qui avait eu lieu plus tôt dans la semaine.

Il n’avait pas besoin d’élever la voix. Ses hommes, et les serviteurs qui travaillaient à leurs côtés, opéraient avec fluidité et efficacité sans que trop de directives soient dispensées verbalement. Son rôle était celui d’un organisateur, pas d’un surveillant, et il était fier que cette opération délicate qui avait lieu sur la zone de combat qui lui avait été allouée se déroulât sans heurts. Axalian regarda un autre de ces tanks noirs être connecté aux serres d’arrimage d’une canonnière de transport Emperor’s Children. Les serviteurs reculèrent, et un guerrier leva la main. Le capitaine acquiesça.

– Ici Axalian, dit-il dans son vox. Secteur 30, je requiers autorisation.
– Requête prise en compte, Capitaine Axalian. Attendez.

Une autre canonnière, celle-ci de la couleur vert d’eau des Sons of Horus, passa au-dessus de sa tête, pleine de transports de troupes Rhino volés. Environ une minute plus tard, un vaisseau Iron Warrior fit trembler le sol en s’élevant sous la poussée de ses moteurs gutturaux.

– Capitaine Axalian, vint la réponse du surveillant Techmarine basé au poste de commandement à l’est. Vous êtes autorisé à procéder, et avez cinq minutes pour décoller. Si vous ne parvenez pas à décoller en temps voulu, vous laisserez votre place au vaisseau suivant. Vous comprenez ?

Bien sûr qu’il comprenait. Cela faisait quatre jours qu’il faisait ça. Il avait entendu ce même refrain, de la part du même Techmarine des Sons of Horus, au moins deux-cent fois.

– Je comprends.
– Votre fenêtre de lancement a commencé.

Il changea de liaison vox.

– Transport Thunderhawk Redeemer, vous pouvez retourner en orbite.
– Ordre reçu, capitaine. Je décolle.

Les réacteurs de l’appareil vrombirent. Axalian le regarda s’élever, les gyro-stabilisateurs de son armure compensant le tremblement du sol.

C’est à ce moment qu’une ombre passa. Le poste de commandement lâcha un code d’urgence en un argot binaire à travers les chaines de communication.

– Annulez ! cria Axalian dans le vox. Redeemer, ici Axalian, annulez le décollage immédiatement. Posez-vous et coupez les moteurs.

Le Thunderhawk se posa lourdement sur ses patins d’atterrissage.

– Monsieur ? demanda par vox le pilote.
– Restez au sol, dit Axalian. Appareil en approche.

Trois mêmes, et aucun d’eux n’avait d’autorisation. Il observa les canonnières grises rugir en passant au-dessus de lui, descendant en spirales vers leur point d’atterrissage, ne se souciant pas du désordre qu’elles avaient causé.

– Word Bearers.

Avec un grognement agacé, il sauta au bas de la coque du Land Raider. Deux de ses guerriers montaient la garde près d’un groupe de serviteurs ; il leur indiqua d’un geste de quitter leur poste et de le suivre.

– Ces bâtards pieux, voxa l’un d’eux. Arriver comme ça.

Axalian était assez irrité pour ne pas réprimander le Légionnaire pour avoir outrepassé le protocole.

– Allons voir de quoi il s’agit, dit-il.

Les canonnières étaient courantes dans toutes les Légions : des coques épaisses, des ailes pour les attaques en piqué, et avien d’une manière étrangement grossière. Avec un timing mécanique qui n’avait pu être qu’intentionnel, les trois rampes s’abaissèrent en même temps. Axalian se tenait devant le Thunderhawk le plus proche, flanqué de ses gardes.

– Je suis le Capitaine Axalian de la Troisième Légion. Expliquez-vous…
– Capitaine, soufflèrent ses deux guerriers.

A la tête de l’escouade de Word Bearers se tenait une grande silhouette dans de la céramite d’un rouge d’un bon vin. Il descendit la rampe, ignorant combien elle tremblait sous ses pas. Le visage découvert du Primarque était pale, et seules les écritures runiques dorées tatouées sur sa peau blanches le rendaient vivant et coloré. Axalian pouvait se targuer de s’être tenu en présence de l’Empereur plusieurs fois, et cet être ressemblait au Maitre de l’Humanité plus que quiconque, sauf en ce qui concernait les changements dont il s’était paré pour se différencier.

– Mon Seigneur Aurelian, salua Axalian.
– Dis-moi, commença Lorgar en exhibant ses dents parfaites en quelque chose qui n’était pas vraiment un sourire. Où se trouve mon frère Fulgrim ?


– LES CICATRICES TE vont à merveille.

Ils se faisaient face dans un mausolée de carcasses de tanks sous le regard de leurs hommes. Trente Word Bearers tenaient leur bolter – la moitié d’entre eux était dans le gris granite traditionnel de la Légion, l’autre portait le rouge de traitres. Le changement était tombé sur la Dix-Septième Légion après le Massacre du Site d’Atterrissage. Un grand changement en effet.

Lorgar se tenait à la tête de sa phalange ? Fulgrim, dans son armure de violet poli et d’or brillant, n’avait pas besoin d’une telle formation. Ses Emperor’s Children avaient l’avantage du nombre sur les intrus ; certains se tenaient en des escouades parfaitement alignées en présence des deux Primarques, d’autres restaient près des coques des chars en attente d’ordres. Tous sentaient la tension déplaisante dans l’air, et peu de doigts restaient éloignés des gâchettes. Des Légionnaires ouvrant le feu sur des frères Légionnaires aurait pu sembler pure folie quelques semaines plus tôt, mais l’âge de l’innocence et de la confiance aveugle n’était plus. Ils l’avaient enterré pour toujours sur ce champ de bataille.

Le charme de Fulgrim se manifestait simplement par un sourire chaleureux, une étincelle fraternelle dans ses yeux. Il ne faisait aucun effort pour atteindre une arme, comme si un tel comportement était au-delà de toute considération.

– Je ne plaisante pas, assura Fulgrim. Les cicatrices te vont à merveille.

Il se massa les joues avec le bout de ses doigts, traçant l’endroit où lesdites cicatrices s’étalaient sur le visage et le cou de Lorgar.

– Elles vont bien avec les écritures tatouées sur ta peau, comme le pelage d’un tigre à peine suggéré. Elles réduisent tout espoir d’arriver à la perfection, certes, mais elles ne sont pas totalement repoussantes.

Le sourire de Lorgar semblait assez naturel pour tromper les témoins de la scène, au moins aussi sincère que celui de Fulgrim.

– Nous devons parler, toi et moi, mon très cher frère, dit Lorgar.

Fulgrim haussa les épaules de manière élaborée, son visage empreint de loyauté.

– Que peux-tu bien vouloir dire ? Ne sommes-nous pas en train de parler, Lorgar ?

Certains Emperor’s Children ricanèrent dans leur vox. Le sourire de Lorgar persista. Il prononça deux mots dans son propre vox. Un nom.

– Argel Tal.


LE CAPITAINE ROUSHAL du destroyer Emperor’s Children Saturnine Martyr se couvrit les yeux alors que le pont était saturé de lumière et de bruits. Un coup de tonnerre fit exploser plusieurs consoles, brisant les instruments de verre et créant une épaisse fissure sur l’occulus.

Il était déjà en train de crier ses ordres dans son vox pour réclamer des équipes de contention d’urgence et de réparation, tout en maudissant le culte de techno-adeptes à bord pour le laxisme quelconque qui avait mené à ce mal fonctionnement.
Plusieurs des réponses qui lui vinrent firent état d’un signal de téléportation. Les alarmes sonnaient de toute façon. Quand Roushal se releva du sol où il était tombé, en agitant une main pour dissiper la poussière, la première chose qu’il rencontra fut le canon d’un pistolet bolter. De gros calibre et douloureusement large, le canon lui brisa les dents et resta sur sa langue, froid et hideux. Il essaya d’avaler. Trois de ses dents descendirent avec sa salive. Elles avaient un goût fumé et amère.

– Unguh ? parvint-il à grogner.

La poussière se dissipa pour révéler le bras massif qui tenait le pistolet, et le Word Bearer en rouge traitre à qui le bras appartenait.

– Je suis Argel Tal, dit le guerrier. Restez silencieux, à genoux, et il vous sera permis de survire à la prochaine heure.


FULGRIM HÉSITA.

– Oui, Capitaine Axalian ?

Le capitaine essaya une nouvelle fois de parler. Le Primarque ne semblait pas être connecté au réseau vox général, et il était l’officier le plus gradé en présence de son seigneur. Il lui incombait d’informer le commandant de la Légion du… problème en orbite.

– Seigneur, nous recevons un signal général de quarante-neuf de nos vaisseaux. Un signal, en provenance du Saturnine Martyr, en est la source. Les autres sont des confirmations, alignées sur le message source.

Fulgrim serra les dents. Le sourire mourut également dans ses beaux yeux.

– Et quel est le message, Axalian ?

Avant que le capitaine puisse répondre, Lorgar augmenta le volume du vox de son gorgerin. La voix qui en sortit était déformée à cause de la distance, mais les mots étaient suffisamment clairs.

– Ici Argel Tal du Gal Vorbak. Objectifs atteints, monseigneur. Aucune victime. En attente d’ordres pour téléportation sur nos vaisseaux.

Lorgar éteint son vox.

– Mon frère, dit-il en souriant à Fulgrim, et on ne pouvait se tromper quant à la sincérité absolue de son expression. Parlons seul-à-seul.

Fulgrim avala sa salive, trop maitre de lui-même pour afficher son inconfort, mais incapable de ramener la vie et des couleurs sur ses traits tendus.

– Tu as changé, Lorgar.
– C’est ce que tout le monde me dit.
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Jeu 11 Oct - 15:11

TREIZE
LA FENICE


ILS S’ÉTAIENT PARLÉ pendant des heures, marchant au bord du champ de bataille, serpentant entre les barricades et les bases avancées établies çà et là par la Légion des Iron Warriors. Ils parlèrent tout bas, s’observant l’un l’autre avec des yeux attentifs alors que tous les Légionnaires ou serviteurs aux alentours s’éloignaient prestement de leur lente progression. Il était clair, en des termes incertains, que les deux frères n’avaient aucune envie d’être interrompus.

Au moment où Lorgar allait quitter la surface, la nuit était déjà tombée sur les champs de mort d’Isstvan V. le travail continuait, avec Axalian et sa cohorte qui étaient retournés au travail des heures auparavant, emportant ce qui pouvait être sauvé et laissant l’irréparable. Le capitaine était suffisamment proche pour voir les frères terminer leur discussion, notant que l’amusement du Dix-Septième Primarque avait disparu et que son regard bouillonnait de colère.

Quant à Fulgrim, il semblait impassible, n’adoptant ni le sourire familier qu’il avait habituellement en présence de Lorgar, ni les signes de condescendance fraternelle dont il avait toujours fait preuve avec son frère durant les dernières décennies.
Quand le signal de téléportation s’estompa, Axalian voxa à son Thunderhawk en attente de tenir sa position, et il bascula de chaine de communication.

– Ici Axalian pour le Heart of Majesty. Requête prioritaire.

Le délai attendu dura presque une minute, avant qu’une voix fragile ne s’exprime via vox.

– Capitaine Axalian, requête prioritaire entendue. Comment pouvons-nous vous éclairer, monsieur ?
– Quel est le statut des quarante-neuf vaisseaux transportant des "visiteurs" Word Bearers ?

Un autre délai d’attente.

– Les rapports de la flotte indiquent que la Dix-Septième Légion rappelle nos invités via téléportation.

Ah, la fierté de la Troisième Légion à l’œuvre. Aucun capitaine de vaisseau n’avouerait jamais avoir été pris par surprise de cette façon, encore moins être abordé par ceux en qui ils avaient confiance. Les invités ? Axalian en grimaça presque. Délicieux.

Il était sur le point de répondre quand la voix sèche de son frère de bataille sur le Heart of Majesty lui parla de nouveau depuis les cieux au-dessus.

– Capitaine Axalian, nous recevons des rapports conflictuels quant au statut du Primarque. Où est le Seigneur Fulgrim ? La flotte demande une confirmation visuelle de sa position.

Le capitaine regarda l’endroit où la téléportation avait eu lieu, laissant un brouillard et une lumière diffuse.

– J’avais un visuel sur le Primarque il y a quelques instants, dit-il. Informez la flotte qu’il s’est téléporté avec Lorgar.

Avec une curiosité morbide, il écouta le flux de communication et de voix qui se superposaient sur le canal vox orbital. Il fallut presque cinq minutes pour qu’une réponse sensée émerge de tout cela, et cela ne fut pas la réponse à laquelle Axalian s’était attendu.

– Ici le vaisseau amiral à tous les bâtiments. Le Primarque est à bord. Je répète : ici le Pride of the Emperor de la flotte de la Troisième Légion. Le Seigneur Fulgrim est à bord.


***


LA PIÈCE ÉTAIT dans les ombres. Les autres sens étaient assaillis pour combler le manque du plus important : l’odeur de putréfaction était un musc sauvage et comblait l’air froid, et Lorgar n’avait jamais pensé que le silence absolu pouvait avoir une présence aussi agressive que cela.

– Lumières, dit le Primarque tout haut.

Sa voix retentit dramatiquement, mais rien ne lui répondit.

– L’acoustique de cet endroit a toujours été incroyable, dit Fulgrim, et son frère arrivait à entendre sa grimace à travers ses mots.

Le Word Bearer leva le poing. D’une pensée, il fit apparaitre une flamme psychique froide et inoffensive, mais d’une luminosité parasitaire, qui semblait dévorer l’obscurité plutôt que la bannir. Mais cela suffisait.

Lorgar contempla le théâtre dévasté. La dernière représentation qui y avait eu lieu avait été emplie d’une décadence extrême. Des corps, déjà réduits à l’état de lambeaux et d’os, reposaient dans là où ils étaient devenus des cadavres sans vie, sur les bancs et les allées. Des armes déchargées et des décors brisés parsemaient la scène. Rien n’avait échappé à la souillure noire du vieux sang.

– Je vois que la poursuite de perfection de ta Légion ne s’étend pas à la propreté, dit doucement Lorgar.

Fulgrim grimaça à nouveau. Il pouvait le voir désormais, les dents de son frère rendues orange par la lumière magique.

– C’est un sol sacré, Lorgar. Toi, plus que tout autre, tu devrais respecter cela.

Lorgar se tourna et avança, marchant par-dessus les corps morts vers la scène.

– Tu es le pantin d’un dieu unique. Je suis l’archiprêtre de tous. Ne me dis pas ce que je devrais respecter.

La scène était brisée par les dégâts et noircie par le sang qui y avait été versé. Les deux Primarques montèrent les marches qui menaient à la plateforme elle-même, leurs bottes de céramite faisant craquer et gémir les planches de bois renforcé.

– Le voici, indiqua Fulgrim d’un geste vers le fin rideau de soie.

Lorgar l’avait déjà vu. Il écarta le voile transparent d’un geste doux, celui d’un homme repoussant la toile vierge d’une araignée.

Le Phénicien. Le tableau lui vola son souffle pendant un long moment, et il était complice de son étonnement, ravi de se laisser faire. Peu d’œuvres d’art l’avaient touché à ce point-là.

Fulgrim, triomphant dans cette peinture, portait son set d’armure le plus ostentatoire, autant or Impérial que pourpre de la Troisième Légion. Il se tenait devant l’immense Porte du Phénix qui menait à l’Héliopole à bord de son vaisseau amiral, une vision d’or superposé à encore plus d’or. Au niveau de ses épaules, se rejoignant en une symétrie angélique, les grandes ailes ardentes d’un phénix illuminaient son armure, changeant l’or en platine enflammé et enrichissant la pourpre en une profonde nuance Tyrienne.

Tout cela, des yeux pales convoyant un air de pureté inoubliable jusqu’aux derniers traits de cheveux blanc, avait été fait par une main mortelle. Regarder dans les yeux du Primarque, même de cette distance respectable, dévoilait les fines traces de pinceau qui formait une incroyable mais discrète topographie sur toute la toile. Seule la muse la plus divine avait pu inspirer des mains de mortel pour créer un tel chef-d’œuvre.

– Mon frère, murmura Lorgar. Quel homme tu étais. Un parangon parmi les loups et les vauriens.
– Il a toujours apprécié la flatterie, sourit Fulgrim. As-tu si rapidement oublié comme il te méprisait, Lorgar ? Son indifférence t’échappe-t-elle si facilement ?
– Non, dit le Porteur de la Parole en secouant la tête, renforçant son déni. Mais il avait tous les droits de me mépriser ainsi, car je n’étais pas entier. Jusqu’à maintenant.

La chose qui portait la peau de Fulgrim retroussa ses lèvres sur ses dans en un sourire que le vrai Primarque n’aurait jamais fait.

– Tu as demandé à voir ton frère, élu. Le voici.
– C’est un tableau. Ne te moque pas de moi, démon. Pas après que nous ayons enfin scellé un accord.
– Tu as demandé à voir le frère que tu a perdu, dit Fulgrim en souriant. J’ai honoré ma part du contrat.

Lorgar prenait déjà le crozius dans son dos.

– Paix, élu, dit Fulgrim en levant les mains. Le tableau. Regarde plus longuement, regarde plus profondément. Dis-moi ce que tu y vois.

Lorgar se retourna à nouveau et observa le chef-d’œuvre exquis. Cette fois, il laissa ses yeux glisser sur l’image, ne cherchant aucun détail, dérivant simplement jusqu’à ce qu’ils reposent où ils pouvaient.

Il regarda les yeux parfaitement reproduits de l’image et, enfin, Lorgar exhala à travers un faible sourire.

– Salut à toi, mon frère, dit-il finalement.
– Vois-tu ? demanda le démon à son côté.

Pendant un moment, lorsqu’il prononça ces deux mots, ce n’était plus du tout la voix de Fulgrim qui parla.

– Je vois plus que tu ne le réalise, dit le Word Bearer en se tournant vers le ravisseur de son frère. Si tu crois pouvoir jouir de l’éternité toute entière en jouant au marionnettiste avec les os de mon frère, tu t’en trouveras fatalement déçu une nuit.

– Tu utilises les mensonges d’une âme folle et désespérée.

Lorgar rit souriant pour l’une des rares et sincères fois où cela lui arrivait, peut-être était-ce la seule expression qui le différenciait de son père.

– Ton secret est en sécurité avec moi, démon. Profite de ton intendance pendant que tu le peux.

Il tapota gentiment l’épaule de Fulgrim et s’en alla dans les allées toujours décorées de cadavres, riant tout bas alors qu’il quittait le cimetière qu’était devenu le théâtre.

Quand il ferma la porte, il emmena sa lumière magique avec lui, laissant Fulgrim et le tableau seuls dans l’obscurité.


DERRIÈRE LES PORTES, l’attendaient Argel Tal et sa garde d’honneur. La majeure partie des Légionnaires avaient repeint leur armure du même rouge cramoisi que celles du Gal Vorbak – un autre signe que les temps changeaient. Chacun de ces guerriers portait le rouge des traîtres.

– Sire, l’accueillit Argel Tal.

Les cornes de son casque se baissèrent alors que le Légionnaire baissait la tête. Lorgar sentit la chaleur palpable des âmes jumelles de l’homme – une vivante, l’autre s’accrochant à la première comme une sangsue en imitant la vie, remplaçant son vol par un courant symbiotique de puissance.

Harmonieuse. Pure. Divine. C’était l’unité du Chaos, lorsque la chair et l’esprit se rencontraient.

– Mon fils, ce soir, nous convenons le Conseil de Sainteté, et je parlerai de nouveau de Calth. Puis, dans les heures qui suivront, je te convoquerai, toi et tes lieutenants les plus loyaux. Après que le Conseil de Sainteté se soit dispersé, je te parlerai non seulement de Calth, mais aussi de ce qui suivra.

Le guerrier hésita avant de parler.

– Je ne comprends pas, seigneur.
– Je sais. Mais tu comprendras. Il y a une grande différence entre la gloire et le sacrifice, Argel Tal. Parfois, le destin se charge de lui-même. Alors, tu peux suivre ce que te dis ton cœur et faire ce que tu souhaites. Tu peux choisir la gloire que tu cherches. Et d’autres fois, le destin a besoin du courage et du sang de l’humanité pour devenir un avenir meilleur. Même au prix de la passion et de la vengeance. Même au prix de la gloire la plus amplement mérité. Nous faisons tous des sacrifices, mon fils.

Argel Tal se raidit, bien qu’il cherchât à cacher sa faute des yeux de son Primarque.

– J’aimerais pouvoir croire que je connais déjà beaucoup au sujet du sacrifice, monseigneur.

Lorgar lui concéda ce point en acquiesçant.

– C’est pourquoi je me tourne vers toi avec la vérité à mes côtés ce soir, et pas vers Kor Phaeron ou Erebus. Toi, tout comme moi, tu as regardé dans les yeux des Dieux. Et toi, tout comme moi, tu as d’autres guerres à livrer pendant que le système de Calth brûlera.



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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Ven 12 Oct - 9:28

Merci, Waouh, je viens de dévorer ces lignes...
Une suite exquise "Au premier hérétique"...
Merci de nous permettre de lire ca.


Merci au CNJ
http://www.ludotheque.com/
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le Khan...
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Ven 12 Oct - 10:57

Grand merci Dark Apostle...

La vache , le père Lorgar a bien changé...
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Dakka
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Ven 12 Oct - 12:23

Merci mais, je n'ai fait qu'un copier-coller de la trad de Lupercal_06.
Juste que c'est plus agréable à lire les blabla en moins.
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Fission
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Ven 12 Oct - 19:04

En espérant que t'aura pas un retour de bâton par BL ....
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Dakka
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Sam 13 Oct - 0:33

En espérant que ça fasse réagir la BL sur la stupidité de leurs p***** d'éditions limitées.
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travitz75012
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Mar 23 Oct - 13:39

bon bah moi je l'ai et j'ai bien aimé Smile
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Kordhel
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Mer 24 Oct - 20:57

Moi aussi, je l'ai bien aimé ce bouquin Smile
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BlooDrunk
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MessageSujet: Re: Aurelian D'ADB    Ven 9 Nov - 17:40

Très bon! Même indispensable en complément du 1er hérétique... Grand merci au traducteur, s'il pouvait en faire d'autres ça serait pas de refu^^
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Aurelian D'ADB
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